Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

AboMarine de guerre
Un tout nouveau porte-drones amplifie la menace iranienne

Une image du porte-drones iranien «Shahid Bahman Bagheri» diffusée la semaine dernière montre la transformation de l’ancien navire marchand «Perarin», qui transportait des conteneurs.
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

Drôle de navire. Cet ancien cargo porte-conteneurs iranien s’appelait jadis Perarin. À présent, c’est un vaisseau de guerre des Gardiens de la Révolution baptisé Shahid Bahman Bagheri. Plus précisément, il s’agit d’un porte-avions capable de lancer des drones furtifs grâce à sa piste de décollage de 170 mètres disposée de manière oblique et dotée d’une rampe finale de type «saut à skis». Le premier du genre.

Des images diffusées ces tout derniers jours ont montré la transformation effectuée dans le chantier naval de Bandar Abbas, près du très stratégique détroit d’Ormuz. Ces images circulent curieusement au moment où la tension monte autour de l’Iran, qui tarde à venger l’assassinat par Israël, le mois dernier, du chef du Hamas palestinien, Ismaïl Haniyeh, en visite à Téhéran et du commandant du Hezbollah libanais Fouad Choukr à Beyrouth.

Certes, ce n’est pas le premier navire marchand «militarisé» de la sorte par le régime des mollahs. Les Gardiens de la Révolution disposent déjà du Shahid Roudaki, un ancien cargo devenu navire de guerre servant de «base avancée», qui est capable de transporter des vedettes légères, des hélicoptères et certains drones explosifs. Il y a aussi le Shahid Mahdavi, un ancien porte-conteneurs muni de missiles antiaériens et antinavals.

Sans parler du Makran, un ancien pétrolier qui peut désormais emmener sept hélicoptères, six vedettes légères et nombre de drones marins, disposant également d’un hôpital flottant. On l’a vu opérer dans les eaux du Venezuela.

«Base terroriste flottante»

Mais le Shahid Bahman Bagheri, ce «porte-avions du pauvre», inquiète plus particulièrement les forces occidentales. L’an dernier, Yoav Gallant, le ministre israélien de la Défense, a qualifié ces étranges navires iraniens de «bases terroristes flottantes», avant d’ajouter: «Il s’agit d’une politique unifiée visant à menacer les routes maritimes et aériennes militaires et civiles et à créer une menace maritime permanente.»

Le navire de guerre «Shahid Roudaki» peut notamment transporter des vedettes légères, des hélicoptères et certains drones explosifs.

En clair, ces navires de guerre sont capables de reproduire à peu près n’importe où le genre d’attaques menées par les rebelles houthis du Yémen en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, perturbant gravement le trafic international de cargos voyageant entre l’océan Indien et la mer Méditerranée à travers le canal de Suez. Ou même simplement, ces vaisseaux militaires peuvent s’approcher dangereusement de côtes ennemies et ainsi constituer le même genre de menace que les missiles du Hezbollah libanais positionnés non loin de la frontière israélienne.

Profondeur stratégique

Bref, en seulement quatre ou cinq ans, Téhéran a réussi à augmenter à peu de frais sa «profondeur stratégique» en militarisant ces navires marchands. «Cette évolution ne doit rien au hasard, elle a même été pensée en profondeur et depuis très longtemps par Téhéran», observe le politologue Hasni Abidi, spécialiste du Moyen-Orient au Global Studies Institute de l’Université de Genève.

Une des premières images du vaisseau «Shahid Bahman Bagheri» à quai montrait l’ajout d’une plateforme sur le côté du bâtiment pour permettre de disposer de manière oblique une piste de décollage suffisamment longue.

«Les sanctions internationales ayant cloué au sol l’aviation iranienne, qui ne peut plus se ravitailler en pièces détachées, les Gardiens de la Révolution ont d’abord misé sur le développement de vedettes rapides équipées de mitrailleuses, qui ont joué un rôle majeur dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz», explique le chercheur.

«Puis ils se sont concentrés sur la fabrication et le perfectionnement de drones aériens, que les forces russes ont utilisé en nombre et avec succès sur le front ukrainien, poursuit Hasni Abidi. À présent, ils fabriquent des porte-drones capables de projeter cette menace sur n’importe quelle mer, comme autant de bases militaires flottantes.»

Arme de dissuasion

Il s’agit là de matériel bon marché, fabriqué avec des pièces disponibles sur le marché noir ou en transformant des cargos marchands existants, qu’il s’agisse de pétroliers ou encore de porte-conteneurs. Tant qu’ils ne sont pas agressifs, de tels navires militaires peuvent naviguer librement dans les eaux internationales.

Bien entendu, ils ne pourraient pas tenir tête à un porte-avions des États-Unis ou de ses alliés. «Mais même s’ils représentent des cibles faciles, les attaquer équivaudrait à une déclaration de guerre. Téhéran peut donc se permettre de les rapprocher de cibles potentielles et faire peser la menace d’une attaque. C’est donc une arme de dissuasion intéressante pour la République islamique. Aux yeux du régime, c’est une arme qui contribue à garantir sa survie, au même titre que le programme nucléaire.»