Consolidation bancaireL’UBP avale pour 900 millions une part de la Société Générale
L’institution reprend la filiale suisse du géant bancaire français ainsi que SG Kleinwort Hambros à Londres, des entités actives dans la gestion de fortune.

La nouvelle est officielle. Société Générale Private Banking (Suisse) change de main, comme nous l’avions annoncé début avril dans ces colonnes. La filiale suisse du géant bancaire français a été cédée à l’Union Bancaire Privée (UBP) à Genève.
Il s’agit d’une double transaction. Dans ce cadre, l’UBP reprend les avoirs des clients de la Société Générale en Suisse et de la SG Kleinwort Hambros à Londres. Le montant de cette vente, qui inclut les fonds propres des deux entités, avoisine les 900 millions d’euros (environ 830 millions de francs).
23 milliards de plus
«Les actifs sous gestion des activités concernées par ces accords s’élevaient à près de 25 milliards d’euros fin décembre 2023 (ndlr: 23 milliards de francs)», écrit la Société Générale. Une masse sous gestion reprise par l’UBP.
Combien était placé auprès de sa filiale suisse? «Un montant de 10 milliards de francs», précise Bernard Schuster, responsable de la communication de l’UBP. Le solde est composé des avoirs gérés par SG Kleinwort Hambros outre-Manche.
Des suppressions de postes sont-elles à prévoir? «Il est trop tôt pour parler de l’impact sur l’emploi en Suisse», répond le porte-parole de l’UBP. Cette dernière emploie un peu plus de 900 personnes en Suisse (sur un total de 2100 dans le monde), alors que 250 femmes et hommes s’activent pour la filiale suisse de la Société Générale.
Les affaires de l’UBP vont croître considérablement en Grande-Bretagne. «Avec cette transaction, nous allons passer de 150 à 800 collaborateurs là-bas», souligne Bernard Schuster.
Société Générale à la traîne
Pour la Société Générale, la cession de sa filiale suisse paraît logique. Ses affaires n’ont jamais véritablement réussi à décoller dans le pays. Selon une récente étude de la Haute École des sciences appliquées de Zurich, sa filiale suisse gérait 11,8 milliards de francs fin 2022. Les sorties de fonds ont dépassé de près d’un milliard les apports de la clientèle cette année-là. Et la masse sous gestion s’est encore contractée depuis.
En 2016, Société Générale Private Banking (Suisse) avait déjà supprimé 80 emplois sur ses trois sites de Genève, Lausanne et Zurich pour limiter ses coûts. À l’époque, les avoirs gérés par la banque s’étaient déjà contractés, passant de 27 milliards fin 2009 à moins de 19 milliards fin 2015.
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«Une masse critique de 20 à 30 milliards est nécessaire pour absorber les coûts qui grimpent pour les banques de gestion, que ce soit en matière informatique, de compliance ou d’enjeux liés au blanchiment d'argent», estimait en avril dernier, dans ces colonnes, un analyste financier.
C’est dans ce cadre que s’inscrit cette transaction. Car aujourd’hui, pour gagner en efficience et devenir plus efficace, il est essentiel de regrouper les back-offices et les équipes au travers d’une reprise. La survie est à ce prix.
Solide masse sous gestion
De son côté, l’UBP poursuit son développement. Au terme de cette double transaction, l'établissement verra sa masse sous gestion dépasser les 175 milliards. Son directeur général, Guy de Picciotto, CEO de l’UBP, explique que ce rachat fait sens: «Cette acquisition nous permet de renforcer significativement notre présence en Suisse et confirme notre engagement à long terme sur le marché britannique, qui devient un nouveau moteur de croissance majeur pour notre groupe.»
Pour la Société Générale, qui possède aussi des antennes dans la gestion de fortune en France, au Luxembourg et à Monaco, cette cession entre dans le cadre de la profonde restructuration dans laquelle s’est engagé le groupe.
La consolidation du secteur bancaire suisse se poursuit après la disparition du secret bancaire survenue en 2009 et la mise en place de l’échange automatique d'informations avec les fiscs étrangers, à partir de 2017. En une quinzaine d’années, le nombre d'établissements de gestion de fortune a fondu dans le pays, passant de 160 à moins de 100.
Pas le premier rachat
Rachats et fusions se sont enchaînés ces dernières années. En 2022, Arab Bank (Switzerland) a par exemple repris la banque Gonet à Genève. En 2021, c’était la banque lausannoise Landolt & Cie qui était avalée par le courtier français Oddo BHF.
Ce rachat annoncé ce lundi par l’UBP fait sens. Andreas Venditti, analyste chez Vontobel, expliquait l’année dernière au magazine «Bilan»: «Si vous ne parvenez pas à atteindre, sur un marché donné, la taille et la rentabilité exigées dans un délai raisonnable, vous devez décider de sortir. D’autres acteurs, mieux positionnés sur ce marché, rachèteront l’activité pour améliorer leur positionnement.» Une prophétie qui s’est vérifiée.
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