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Politique culturelleLa bibliothèque d’Orbe s’offre une saga dramatique bien malgré elle

La Municipalité a décidé de professionnaliser le service du prêt. Les bénévoles réagissent avec véhémence à une décision qu’ils jugent «abrupte» et prise de façon cavalière.

L’Abiro le dit dans sa lettre, elle avait souhaité de longue date une professionnalisation du prêt qu’elle juge nécessaire pour gérer un service d’une telle taille. (image d’illustration)
L’Abiro le dit dans sa lettre, elle avait souhaité de longue date une professionnalisation du prêt qu’elle juge nécessaire pour gérer un service d’une telle taille. (image d’illustration)
KEYSTONE

La bibliothèque d’Orbe semble sombrer bien malgré elle dans la «littérature dramatique», pour reprendre l’expression utilisée jeudi soir par la conseillère communale Verte Corinne Authouart. Au cœur de cette intrigue, la décision prise le 12 mai par la Municipalité de professionnaliser le service de prêt. Et ses conséquences: soit le «renvoi avec effet immédiat des bénévoles» qui assurent ce service, selon les termes du courrier de l’Association de la bibliothèque de la région d’Orbe (Abiro) adressé au président du Conseil.

L’Abiro le dit dans sa lettre, elle avait souhaité de longue date une professionnalisation du prêt qu’elle juge nécessaire pour gérer un service d’une telle taille. Bien plus que le fond de cette histoire, c’est sa forme qui interpelle. «Je peux entendre cette stratégie qui répond aux recommandations de BiblioSuisse datées d’avril, a admis en plénum Bertrand Gillabert, élu d’Union Libre. Mais la façon dont ont été traitées des bénévoles engagées depuis des années a été proprement scandaleuse.»

«Il fallait faire vite»

Là où le bât blesse vraiment, c’est que la démarche a été menée au rythme d’une nouvelle de Maupassant et non pas à la cadence d’une série de romans de «fantasy» façon «Le Trône de fer». «Nous avons une transition informatique à mener, dont la mise en œuvre est prévue au mois d’août: il fallait faire vite, répond Luiz de Souza, municipal en charge du dossier. Mais il n’est pas juste de parler de licenciement et d’effet immédiat.» L’édile précise qu’il n’y a qu’une des neuf missions, «certes la plus importante», qui est ainsi retirée à l’association. Et d’ajouter qu’il s’est passé presque un mois entre la rencontre qu’il a eue pour informer l’association et l’assemblée générale de cette dernière, à laquelle il a participé.

«Certes, on nous a rencontrées. Mais la décision était déjà prise. On aurait voulu être interpellées avant qu’elle ne soit irrévocable. Non pas qu’on aurait pu changer les choses, mais on aurait au moins eu l’occasion d’anticiper sur la fin. Avec le coronavirus, nos bénévoles n’ont même pas pu prendre congé avec élégance d’un public qu’on sert depuis quarante-huit ans», déplore Erica Leoni, secrétaire de l’Abiro. Ses collègues également présentes jeudi soir reviennent sur l’importance du prêt par rapport à leurs autres activités: «C’est 800 heures par année. Le reste, c’est peanuts…»

«La parution de l’annonce de recrutement, c’est comme si on nous coupait la tête une seconde fois»

Erica Leoni, secrétaire de l’Association de la bibliothèque de la région d’Orbe

Mais ce qui a véritablement outré l’association, ses bénévoles et une majorité du Conseil est survenu le lendemain de cette AG du 15 juin: une annonce parue sur Facebook pour le recrutement d’un auxiliaire non professionnel afin d’assurer le prêt les samedis matin et mercredis après-midi des vacances. «M. De Souza, qui représentait la commune à cette AG, a «oublié» de mentionner cette annonce, alors que les compétences requises pour le poste sont en tout point identiques à celles des bénévoles de l’association», s’agace Bertrand Gillabert. «C’est un peu comme si on nous coupait la tête une seconde fois. D’autant qu’en mai, on nous avait assuré que seules les professionnelles étaient à même d’assurer le prêt», soupire Erica Leoni.