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L’invitéLa campagne en trompe-l’œil fait le lit du complotisme

Daniel Cornu commente et désamorce les accusations de manipulation médiatique.

Une campagne électorale aux États-Unis tissée de trompe-l’œil et de faux-semblants. Une vague de complotisme, venue des mêmes rivages clapoter sur les grèves de nos lacs. Le monde serait exposé à de vastes et mystérieuses manigances. On ne pourrait plus se fier à rien. Tout serait truqué. À défaut, tout serait suspect de l’être.

Les médias ne manquent pas de s’en trouver éclaboussés, aveugles aux agissements des malfaisants, si ce n’est carrément complices.

De vieilles histoires remontent à la surface. Celle de la propagande d’abord. «Gouverner, c’est faire croire», soutenait déjà Machiavel. La propagande est toujours gaillarde et effrontée. Son efficacité reste en toute circonstance attachée à des éléments vérifiables de la réalité, habilement agrégés à un discours mensonger.

«Le mensonge sert depuis longtemps de munition de défense contre les médias.»

Il y a aussi l’histoire du mensonge. Le mensonge sert depuis longtemps de munition de défense contre les médias. La vogue actuelle des «fake news» alimente à satiété les soupçons de manipulation médiatique. Elle suppose une conspiration entre agents de l’information. Ou leur irrigation par une source frelatée commune, qui instillerait une pensée unique dans les rédactions. La thèse n’est accompagnée à ce jour d’aucune démonstration. Cela rend toute réfutation illusoire.

Les médias n’ont qu’à encaisser. Ils ne sont certes pas sans défauts, ni les journalistes à l’abri de défaillances. Ces faiblesses se dénoncent, se discutent, se corrigent. En face, les théories complotistes peuvent être aussi pernicieuses que risibles. La déraison n’est pourtant pas un délit. La fragilité argumentaire de leurs adeptes n’en fait pas des criminels, ni des gens promis au pilori. La liberté d’opinion et d’expression leur appartient aussi.

Les médias, enfin, continuent de s’attacher à leur mission d’informer. Ils entretiennent une distinction souvent proclamée entre information et opinion. Les registres ne cessent pourtant de s’interpénétrer.

L’usage de l’information

Informer est un verbe qui nourrit plusieurs sens. Le sens le plus proche de l’étymologie propose de le comprendre comme l’action de «donner une forme, une structure, une signification» à quelque chose. De l’usage de ce sens, Bernanos offre un bel exemple dans son «Journal d’un curé de campagne»: «On ne perd pas la foi, elle cesse d’informer la vie, voilà tout.»

Les journalistes et les médias informent, donnent donc une forme à la vision que leur public cherche à se faire de la réalité. Ils ne peuvent manquer d’exercer ainsi une influence sur les esprits. Mais les gens ne sont pas non plus passifs, ni comme individus ni comme groupes, malléables comme pâte à modeler. Ils réfléchissent, discutent, réagissent, contestent. Ainsi limitée, l’influence des médias laisse à des années-lumière les théories qui les présentent comme de simples tuyaux de propagande, éponges à mensonges ou creusets de manipulation.

1 commentaire
    N. Marbor

    En tous les cas ces élections ont été très pesantes, et pas seulement pour les américains. Quelle triste image d'un pays encore "neuf" où est-elle l'Amérique d'avant ?