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L’invitéLa cause du climat n’excuse pas tout

Olivier Feller s’insurge contre le manque de cohérence entre les paroles et les actes de certains élus et activistes.

Un article de «24 heures» l’a confirmé cet été: des élus Verts et des activistes du climat ont des comportements qu’ils condamnent chez autrui. Comme de prendre l’avion pour voyager en Europe ou sur d’autres continents. C’est notamment le cas de militants d’Extinction Rebellion, qui a organisé des ateliers de désobéissance civile à Lausanne.

Chaque être humain est mû par des intérêts contradictoires et des émotions variables. Mais quand on s’engage dans une action militante, surtout quand elle se veut fortement donneuse de leçons, la cohérence entre le discours et le comportement personnel est la moindre des choses.

«Le décalage entre les propos politiques et les actes n’est d’ailleurs pas réservé aux militants du climat»

Le décalage entre les propos politiques et les actes n’est d’ailleurs pas réservé aux militants du climat. Il y a ces élus conservateurs qui prônent les valeurs de la famille traditionnelle avant de défrayer la chronique pour avoir des relations extraconjugales. Il y a cette parlementaire fédérale socialiste pourfendeuse de l’optimisation fiscale qui a réussi, avec son mari, l’exploit de ne pas payer un seul franc d’impôt en 2011 tout en jouissant de revenus confortables et d’une fortune de plus de 10 millions. À chaque fois, l’écart entre la morale affichée et les actes a provoqué la consternation de l’opinion publique.

Le comportement de certains élus Verts ou militants du climat s’inscrit dans la même ligne: on ne fait pas soi-même ce que l’on décrie chez les autres ou ce que l’on souhaite interdire. Cet à-côté tricheur les discrédite en même temps qu’il déconsidère la cause qu’ils prétendent défendre.

Cette incohérence est particulièrement choquante de la part de militants du climat qui réclament un changement immédiat et radical, en ignorant sciemment toute autre considération économique et sociale. Elle est d’autant moins admissible que certains d’entre eux mènent des actions d’éclat illicites, qui ne respectent pas les règles de vie commune adoptées, en tout cas en Suisse, selon un processus démocratique.

Cohérence et liberté

Alors qu’on se comprenne bien. Il y a des élus Verts qui s’imposent une cohérence stricte entre leur discours et leurs actes. C’est le cas par exemple de l’ancienne candidate au Conseil fédéral Regula Rytz. À l’inverse, il n’est pas question pour moi de jeter l’anathème sur toutes celles et tous ceux qui prennent l’avion ou qui ne calquent pas leur consommation sur toutes les exigences des ayatollahs de l’écologie.

Mais celui qui, dans la discrétion, s’abstient de voyager en avion ou s’évertue à consommer des produits locaux contribue davantage à assurer l’avenir de la planète que celui qui paralyse l’aéroport de la Blécherette tout en empruntant les transports aériens et en consommant des hamburgers McDonald’s emballés dans du carton.

Si l’incohérence entre discours politiques et actes personnels a toujours existé, cela ne l’a jamais rendue légitime.

31 commentaires
    Pierre Crot

    J'entends souvent cet argument qu'on pourrait appeler "exigence de cohérence entre les opinions et le militantisme", il a l'air super séduisant, vu que tout le monde ou presque l'utilise.

    J'aimerais qu'on réalise tous une bonne fois pour toutes à quel point il est pourtant totalement idiot: ça implique qu'un fumeur, conscient des méfaits du tabac, n'aurait pas le droit de militer pour l'interdiction de la publicité pour les clopes? Qu'un alcoolique serait incohérent s'il militait pour l'interdiction de la vente d'alcool aux mineurs? Qu'un boulimique obèse ne peut pas militer pour la taxation des boissons sucrées? La consommation de carbone est une addiction comme une autre.

    Militer vise à obtenir des changements collectifs et à les accepter soi-même une fois qu'ils sont réalisés; être "un saint" soi-même est un bonus, mais ça n'a jamais fait partie de la définition et n'est en aucun cas indispensable.

    ça me fascine et me désole qu'un argument aussi extraordinairement sot sorte de la bouche de M. Feller, que j'estime par ailleurs.