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Villa-bunker de Gletterens (FR)La Châtelaine se retrouve en zone agricole

Fin mai, le Tribunal fédéral a débouté le propriétaire de cette villa de quelque 20 millions de francs. Une procédure d’expropriation à 7,4 millions est lancée contre la Commune et le Canton.

Suite à la décision du TF, les cinq hectares de la villa-bunker La Châtelaine passent définitivement en zone agricole.
Suite à la décision du TF, les cinq hectares de la villa-bunker La Châtelaine passent définitivement en zone agricole.
JEAN-PAUL GUINNARD

«Il faudrait une sérieuse hausse du prix du lait pour qu’un agriculteur puisse s’acheter cela ou alors y faire pâturer des chèvres pour produire un fromage de luxe». Syndic de Gletterens, Nicolas Savoy fait contre mauvaise fortune, bon cœur. Mais un arrêt du Tribunal fédéral du 26 mai met la commune de la Broye fribourgeoise dans une situation inconfortable, comme l’expliquait récemment «La Liberté». Située sur une parcelle de 45’813 m² sur le lieu-dit «Sur le château», la villa-bunker La Châtelaine, construite entre 1976 et 1981 pour plus de 20 millions de francs, est désormais colloquée en zone agricole. En clair, toute occupation et exploitation doit y être à vocation agricole.

Autant dire que pour la banque Barclays, propriétaire des lieux depuis 2012 dans le cadre d’une reprise à plus de 16 millions de francs suite à la faillite du dernier propriétaire, la vente du bien n’est plus une priorité. «Nous nous concentrons sur la procédure d’expropriation lancée suite à la diminution de valeur entre l’ancienne zone et la zone agricole», lâche Me Philippe Leuba, avocat du propriétaire.

Projet paramédical

Si l’avocat ne veut pas s’avancer sur un montant, le syndic mentionne qu’une somme de 7,4 millions avait déjà été articulée, la procédure d’indemnisation étant lancée avant même le recours au Tribunal fédéral. «On se retrouve pomme avec le bour, comme on dit parfois. On a défendu une parcelle constructible de notre commune, mais on va peut-être devoir le payer au final», glisse l’édile. Selon Philippe Leuba, la loi sur l’expropriation prévoit que le recourant doit s’adresser à la Commune ou au Canton.

La Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions de Fribourg n’avait justement pas suivi l’avis de la commune de placer le secteur «Sur le château» en zone d’intérêt général (ZIG). Cela aurait permis de développer un projet immobilier et d’affecter la bâtisse à des activités dans le domaine médical et paramédical.

Écologistes opposés

«Le maintien de la ZIG litigieuse contrevient aux buts et principes de l’aménagement du territoire posés par la LAT. (…) La commune ne pouvait pas s’abriter derrière son autonomie pour justifier le maintien d’une ZIG non conforme au droit supérieur», justifie le TAF, qui donne aussi raison aux associations écologiques qui s’élevaient contre le projet, à deux pas de la Grande Cariçaie. «On a appliqué la loi, mais sans tenir compte de la situation, ni de l’histoire du lieu. Le bon sens aurait voulu qu’il soit au moins possible de viabiliser cette maison», regrette le syndic.

«Le bon sens aurait voulu qu’il soit au moins possible de viabiliser cette maison»

Nicolas Savoy, syndic de Gletterens

Aussi luxueuse que sécurisée, la demeure a été construite à la fin des années 70 par Morris Kingsley, un riche Américain tombé amoureux d’une fille du village. L’essentiel de la bâtisse est enterré, d’où son surnom de bunker, et on y accède par un tunnel d’une centaine de mètres, menant à un parking à limousines. À l’intérieur, tout n’est que luxe de l’époque avec sols en marbre ou onyx vert, piscine intérieure ou salle de sport, le tout pouvant résister à une attaque nucléaire.

Sujet de nombreux fantasmes, la demeure a été bâtie à la fin des années 1970 par un riche Américain tombé amoureux d’une fille du village.
Sujet de nombreux fantasmes, la demeure a été bâtie à la fin des années 1970 par un riche Américain tombé amoureux d’une fille du village.
JEAN-PAUL GUINNARD

Un luxe qui a aussi son prix, un coût d’entretien annuel de plus de 200’000 francs étant articulé. «Vu la situation actuelle, on imagine que le propriétaire ne va plus trop s’en occuper», conclut Nicolas Savoy, craignant d’éventuelles occupations illégales.