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La chronique économique 
Climat: enfin de bonnes nouvelles!

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Deux remarques de collègues ont attiré mon attention. La première disait en gros ceci: «Ici, en Suisse, on est évidemment pour toutes les mesures visant à protéger le climat. Mais à quoi bon si les gros pollueurs, eux, ne font rien?» La seconde: «Sait-on où l’on se situe dans la lutte pour stabiliser le climat à +/- 1,5  degré Celsius (accord de Paris)?» Dans «Science», les laboratoires des plus grandes universités américaines viennent tout juste de répondre de manière indirecte à ces questions, en se centrant sur les États-Unis, le 2e plus gros émetteur de gaz à effet de serre après la Chine.

Le gouvernement de Joe Biden a lancé un programme de subventions massif des énergies vertes dans le but de réduire de moitié les émissions du pays d’ici 2035 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. L’Inflation Reduction Act (IRA) a tout juste une année d’existence. Les chercheurs ont fait tourner leurs modèles et arrivent à une conclusion importante. À lui seul, ce soutien massif aux énergies et aux technologies propres permettra aux États-Unis de frôler leur objectif de 2035; les émissions de gaz à effet serre devraient diminuer de 43 à 48% avec un degré de certitude élevé. Et, espoir, la neutralité carbone pourrait intervenir plutôt qu’envisagée!

D’autres mesures seront toutefois nécessaires pour remplir les objectifs fixés mais les États-Unis s’en rapprochent. Et cela sans prendre en compte d’éventuelles ruptures technologiques par nature imprévisibles, ni une relance du nucléaire. C’est évidemment dans l’énergie et les transports que les progrès sont les plus spectaculaires, avec la mort du charbon, la baisse de la consommation des hydrocarbures fossiles et l’expansion très rapide des énergies renouvelables. Élément important: le coût social, comprenant les coûts économiques et les bienfaits liés à la baisse de la pollution, sera positif pour les ménages américains qui verront leur facture baisser dans une fourchette de 13 à 190 dollars par année.

Élément important: le coût social, comprenant les coûts économiques et les bienfaits liés à la baisse de la pollution, sera positif pour les ménages américains qui verront leur facture baisser dans une fourchette de 13 à 190 dollars par année.

La conclusion des chercheurs? Le programme de Joe Biden est efficace. Mais, avertissent-ils, l’ampleur du progrès dépendra de facteurs qui ne peuvent pas encore être évalués avec une plus grande précision tant que l’on ne connaît pas le prix de la tonne carbone, l’aiguillon décisif pour inciter les consommateurs et l’industrie à adopter des technologies propres et sobres. À noter que, sans le plan Biden, les émissions des États-Unis ne baisseraient que de 25%. Des études récentes montrent également que la Chine devrait parvenir plus tôt que prévu à stabiliser et à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Autre fait réconfortant, l’Inde, le pays devenu le plus peuplé de la planète et le plus réticent à réduire ses émissions de gaz à effet de serre au moment où son taux de croissance atteint un rythme de croisière permettant de réduire la pauvreté, semble décidée à réduire sa dépendance au pétrole et au charbon. La petite Suisse, direz-vous? Elle n’atteint pas ses objectifs mais peut toujours y parvenir, à condition d’accélérer le pas.

En conclusion, le réchauffement climatique doit inciter à davantage d’efforts mais en aucun cas il ne justifie le défaitisme, devenu viral chez beaucoup. Notamment parmi les jeunes qui, selon une étude menée auprès de 10’000 d’entre eux dans 10 pays, montrent que 56% considèrent que «l’humanité est condamnée» et 76% jugent «l’avenir effrayant». Certes, nous ne sommes encore pas dans les clous avec une trajectoire qui pointe toujours vers les + 2,7 °C. Les projections (sans efforts supplémentaires) nous maintiennent dans une zone dangereuse (celle du dérèglement climatique). Mais l’exemple américain prouve que tout peut changer rapidement. Même la Suisse avec sa part de 0,09% des émissions mondiales peut contribuer à gagner cet effort collectif. Elle le doit d’autant plus que l’historique de ses émissions la place parmi les grands détracteurs du climat.