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La rédactionLa crise sanitaire a fait avancer le salaire minimum

Les citoyens genevois ont accepté le principe d’une rémunération plancher de 23 francs de l’heure dans le canton. Quel en sera l’impact?

Une augmentation immédiate de 914 francs. C’est ce à quoi auront très bientôt droit les employé(e)s des salons de coiffure genevois, grâce au vote de leurs concitoyens. Dimanche dernier, le canton du bout du lac s’est en effet doté «du plus haut salaire minimum du monde», comme l’a désigné le «Tages-Anzeiger». Soit 23 francs de l’heure. Une victoire éclatante (58,15% de oui) de la gauche syndicale, à l’origine de cette initiative en 2018.

Hôtellerie-restauration, commerce de détail, entreprises de livraison ou de nettoyage: les secteurs concernés sont nombreux. Ce salaire minimum de 4186 francs par mois pourrait améliorer le quotidien de quelque 30’000 personnes et de leurs familles, estiment les syndicats. Le Conseil d’État, qui était opposé à cette mesure, a promis de promulguer rapidement la loi qui concrétisera ces rémunérations à la hausse. Y compris dans les branches où des conventions collectives de travail prévoient des salaires plus bas.

Le Tribunal fédéral a affirmé que le salaire minimum constituait un moyen de lutte contre la pauvreté.

Les patrons, eux, expriment des craintes bien compréhensibles. Beaucoup n’auront d’autre choix que de répercuter ces augmentations sur les prix pratiqués. Ce qui pourrait inciter le client à aller voir ailleurs, par exemple en France voisine, voire à renoncer à certains achats ou prestations. Une perspective d’autant plus inquiétante qu’elle touche des domaines déjà fortement pénalisés par le ralentissement économique lié à la pandémie de coronavirus.

Or cette même crise sanitaire a pesé lourd dans le vote des Genevois. Comment oublier les longues files d’attente devant les stands d’aide alimentaire d’urgence au printemps dernier? Genève, la Suisse et le monde découvraient alors avec stupeur le visage caché de la prospère Cité de Calvin. Ces images brutes d’une précarité grandissante ont, à n’en pas douter, contribué à retourner l’opinion publique. En 2011, en effet, Genève avait repoussé (tout comme Vaud), un premier texte réclamant l’instauration d’un salaire minimum dans le canton. Et en 2014, sur le plan suisse, l’initiative populaire de la gauche exigeant 4000 francs par mois pour tous avait été balayée par trois quarts des votants.

Bilan positif à Neuchâtel

Le Covid-19 n’explique cependant pas tout. Neuchâtel a ainsi fait œuvre de pionnier en imposant un plancher salarial dès 2018, avec l’appui décisif du Tribunal fédéral. Ce dernier a écarté les recours en affirmant que qu’une telle mesure constituait un moyen de lutte contre la pauvreté et n’entravait pas la liberté économique.

À en croire les autorités neuchâteloises, le bilan s’avère positif. Le cas de non-respect du salaire minimum, fixé cette année à 20 fr. 08 de l’heure, sont rares. Les disparitions d’emplois et d’entreprises que certains redoutaient ne se sont pas produites – en tout cas lorsque la conjoncture était favorable. Espérons que Genève, en pleines turbulences sanitaires, réussira aussi bien l’exercice. Tant pour les coiffeuses que pour leurs employeurs.

5 commentaires
    Jacques Gaillard

    4'186 brut par mois, donc moins de fr. 4'000 net, à Genève, c'est encore très maigre: loyer plus caisse maladie pour deux personnes, et fin de l'histoire. Oh, je connais la réponse, je l'ai entendue d'un patron: «mais sa femme n'a qu'à travailler!». C'est le même qui va ensuite reprocher à ces parents irresponsables de ne pas surveiller leurs enfants qui font des bêtises.

    Une chose est sûre: le capitalisme repose sur la liberté d'entreprendre, dont se revendiquent tous les patrons qui viennent aujourd'hui pleurnicher sur ce "mauvais signe" donné à l'économie.

    Maintenant, la libre entreprise, c'est bien, mais si elle n'est pas rentable, elle ne peut que couler, et il eut mieux valu ne pas commencer. Et si elle n'est rentable que par la subvention que l'employé verse au patron en se contentant d'une rémunération honteuse, alors… elle doit couler car il eut mieux valu ne pas commencer.

    Parce que c'est un peu facile de vouloir tout se permettre au nom de la libre entreprise, en utilisant une main d'œuvre vivant dans la misère, sachant pertinemment qu'il y aura toujours des amateurs pour qui «c'est mieux que rien». Trop facile. J'aimerais bien voir le patron genevois s'en tirer avec 4000 Stutz par mois.