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Dialogue entre générationsLa danse, de père en fils

Pour «Des gestes blancs», un duo avec son fils Charlie, le chorégraphe et danseur français Sylvain Bouillot est une forme de père porteur. Au sens littéral du terme, il porte le fils. À découvrir aux Confins de la Cité - Festival de la Cité 2020, à Lausanne.

Un duo entre père et fils, entre danse et art circassien.
Un duo entre père et fils, entre danse et art circassien.
Mirabel White

Ainsi le père enveloppe et fait rouler le fils dans ses bras. Aussi circassien, Sylvain Bouillot enchaîne les équilibres vertigineux avec le fils, 9 ans. Main à main, pied sur pied, tendons sur pieds, père et fils sont en fusion, transmission, confiance et dialogue.

La création est aussi le fruit d’ateliers de danse réunissant pères et enfants qu’anime depuis longtemps Sylvain Bouillot. «En vue de dépasser une histoire intime, ces ateliers m’ont permis d’aller piocher dans d’autres configurations et gestes enfants-pères. J’ai l’impression d’être porté par tous ses corps et situations rencontrés», explique l’artiste. Dans la vie quotidienne, il y a ainsi peu d’espace de père à fils pour évoquer les enfances respectives, la fragilité.

Terres de l’enfance

Entre banc, tabouret et espace épuré, l’enfant est ce compagnon, visible ou invisible, dont les signes de reconnaissance et la toujours neuve lumière n’empêchent ni la part de l’ombre ni le sentiment de la solitude, ni la certitude de la séparation. Sa présence est vécue comme une énigme et une initiation. «De manière évidente, le blanc me ramène à l’enfance, à cette pureté-là, quelque chose qui n’était pas encore écrit, sans début ni fin. C’est une partie de notre vie entre père et fils qui se développe avant le plateau et continue après.»

Les dimensions liées à la gravité, à l’équilibre, aux poids et contrepoids, aux volumes et courses-poursuites d’évitements sont interrogées. De génération à génération. Sur le plan chorégraphique, il s’agit précisément de gestes «n’existant pas encore. Il fallait que nous les inventions. Dans cette idée de relation entre un adulte et un enfant, je me suis vite imaginé la danse comme une forme d’éducation. Ainsi trouver la bonne distance, avoir confiance en l’autre.» Jouer sur le proche et le lointain. Chercher le bon équilibre. Être dans l’instant, ce qui est le plus difficile. En d’autres termes, c’est «la recherche de mouvements purs, d’une grande vérité. Qui me ramène à l’idée du blanc, de gestes blancs.»

«Même si c’est un jeu conduit avec le sourire de Charlie, il
existe inévitablement des orages et tensions entre père et fils»

Terrain de jeux

Porter, transporter c’est tout un flux de sensations, d’énergies qui se déploie. Jusqu’à ce que la machine se délite, le corps du père tourne sur lui-même tel un automate devenu fou. Le fils tire sur le père avec la forme de la main tendue. Même si c’est un jeu conduit avec le sourire de Charlie, il existe inévitablement des orages et tensions entre père et fils. La pièce explore aussi une certaine forme d’incompréhension et de difficultés à se dire l’un à l’autre. L’épisode du pistolet imaginaire est contrebalancé par un autre, où le fils est juché sur le dos paternel. «Comme pour jouer au cow-boy», précise le chorégraphe.

S’isoler dans sa bulle et sa chambre imaginaire pour l’enfant, cela signifie chausser un casque audio, tenter le poirier, faire la roue, courir comme un avion en cercle, exécuter une séquence d’air batterie sur un rythme de cymbales frottées. Intergénérationnel, le public apprécie cet effet miroir de son vécu mis en danses.

Des gestes blancs. Aux Confins de la Cité - Festival de la Cité, Lausanne, 20 h 30. Jusqu’au 11 juillet.
Rens.:
www.festivalcite.ch