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Les bovins sont aussi attaquésLa défense des loups fait le malheur des veaux

Les meutes attaquent de plus en plus les bovins. Cette évolution risque de priver les jeunes des naissances au pâturage. Les éleveurs protestent.

Après des attaques non loin du Marchairuz (VD) sur des troupeaux de bovins, des barrières électrifiées ont été placées près des enclos pour tenter de protéger les bêtes, notamment celles de Guy Humbert, propriétaire éleveur.
Après des attaques non loin du Marchairuz (VD) sur des troupeaux de bovins, des barrières électrifiées ont été placées près des enclos pour tenter de protéger les bêtes, notamment celles de Guy Humbert, propriétaire éleveur.
Florian Cella/24 heures

Le loup et le veau, c’est une fable moderne. En cherchant à protéger Isengrin, les Suisses ont rejeté la loi sur la chasse, en septembre dernier, et ils ont bien embêté Monsieur Seguin. À tel point que les éleveurs regroupés dans l’Association Vache mère Suisse craignent désormais que «leurs animaux ne deviennent les grands perdants de ce débat sur la protection des prédateurs».

L’association hausse le ton. Elle défend l’élevage naturel des bovins en laissant les veaux avec leur mère, et elle veut empêcher qu’on interdise bientôt les vêlages au pâturage, parce que les meutes se multiplient et qu’elles menacent désormais les veaux.

Des meutes se spécialisent dans les bovins

«Quand ils ne mangent pas de gibier, les loups attaquent plutôt les ovins, mais, depuis quelques années, on réalise en France et en Suisse, et surtout en Allemagne, que certaines meutes s’intéressent aussi à des veaux, des génisses et des vaches adultes, explique l’expert Jean-Marc Landry. Au Portugal et en Espagne, les loups attaquent également les bovins, et parfois même les chevaux. Cela reste peu fréquent, mais suffisamment pour que la Suisse, la France et l’Allemagne aient mis en place des groupes de travail pour réfléchir au problème. L’an dernier en France, il y a eu 160 bovins indemnisés suite à des prélèvements de loups. Et on voit désormais, en Italie et en Allemagne, des meutes qui se spécialisent dans ce type de proies.»

En Suisse, de telles attaques ont été constatées en Valais, dans les Grisons et dans le Jura vaudois. L’été dernier, un génisson de dix mois, une bête de 300 kilos, a été tué par des loups. Et un autre veau de 6 mois a été attaqué dans les environs du Marchairuz, à la combe des Amburnex. L’épisode a été filmé par les caméras thermiques de la Fondation Jean-Marc Landry.

«Les vaches ont foncé contre les quatre loups qui approchaient et elles les ont poursuivis dans le pâturage.»

Guy Humbert, éleveur et vice-président de Vache mère Suisse

Ce soir-là, deux troupeaux d’environ 90 bêtes somnolaient au pâturage. «Quand elles ont compris qu’elles étaient attaquées, les vaches ont beuglé, elles se sont réunies et elles ont fait front, raconte Guy Humbert, l’un des deux éleveurs concernés. Elles ont foncé contre les quatre loups qui approchaient, elles les ont mis en fuite et elles les ont poursuivis dans le pâturage.»

Fin de l’épisode? Non, car l’attaque n’est pas restée sans conséquences. Dans les jours qui ont suivi, les éleveurs ont constaté des signes de nervosité chez les animaux. «Dans la journée, il y a des promeneurs, des champignonneurs et des vététistes qui passent, parfois avec des chiens que les vaches ont vite associés aux loups. Même quand je venais les voir avec mon chien, qu’elles connaissent bien, j’ai observé des réactions défensives», explique Guy Humbert.

Des promeneurs inconscients

L’éleveur craint désormais «un accident avec un humain. Nous avons beau mettre des panneaux pour prévenir les gens qui ne connaissent pas les bovins, certains continuent à marcher au milieu des troupeaux. Et quand on leur parle du danger, ils nous disent que les bêtes sont gentilles. Mais le jour où une vache de 700 kilos ira percuter un promeneur, cela fera des dégâts.»

Quand on leur parle du danger, ils nous disent que les bêtes sont gentilles. Mais le jour où une vache de 700 kilos ira percuter un promeneur, cela fera des dégâts.»

Guy Humbert

Durant l’été, des équipes appelées en renforts ont bien tenté de protéger les troupeaux, mais l’expérience s’est révélée peu concluante, et surtout très onéreuse. Ce qui fait craindre aux éleveurs que, faute de meilleure idée, on n’interdise le vêlage au pâturage.

L’alpage, c’est bon pour les vaches

Cette proposition agace Guy Humbert, vice-président de Vache mère Suisse. Notamment parce que l’été à la montagne, c’est bien meilleur pour les veaux. «Dans les prés, la pression des bactéries et des virus est moins importante qu’à l’écurie, donc la mortalité des nouveau-nés et le recours aux médicaments sont nettement plus bas.» Ensuite, parce que c’est bon pour les vaches. «Celles qui passent l’été dans les pâturages ont de meilleures musculatures, donc nous avons moins de pertes.»

Guy Humbert: «Les vaches associent les chiens aux loups. Elles ont des réactions défensives»
Guy Humbert: «Les vaches associent les chiens aux loups. Elles ont des réactions défensives»
Florian Cella/24Heures

Et il y a tout le reste. «Comme il est difficile de connaître précisément le jour du vêlage, parce que nous ne connaissons pas toujours la date exacte de la saillie, il faut faire une estimation, et descendre la vache en plaine plus tôt, explique Guy Humbert. Elle peut passer cinq semaines à l’écurie sur les seize qu’elle pourrait passer à l’alpage. Est-ce que c’est vraiment ça le bien-être de l’animal? Et les allers-retours en tracteur avec les bêtes, entre la ferme et le pâturage, est-ce vraiment de l’écologie?» observe l’éleveur qui sait bien que les amateurs de viandes lui demandent aussi d’élever les animaux au plus près de la nature.

«Les Suisses ne sont pas les seuls à se demander ce qu’il faut faire dans cette situation, relève Jean-Marc Landry. Les Allemands se posent les mêmes questions. La solution qui s’esquisse serait de laisser les vaches se défendre. Elles en sont capables, comme l’a montré l’attaque des Amburnex, mais cela suppose d’accepter qu’il y aura peut-être un certain nombre de prédations dans les troupeaux bovins l’été prochain.»

«La solution serait de laisser les vaches se défendre. Elles en sont capables, mais cela suppose d’accepter qu’il y aura peut-être un certain nombre de prédations dans les troupeaux.»

Jean-Marc Landry, spécialiste du loup

Car le nombre des loups ne cesse d’augmenter. Dans les Grisons, on parle de six à dix meutes. Et dans le cas qui nous intéresse, les éleveurs pensent qu’il y a deux meutes dans les environs. Une à la Dôle, et une autre sur le Marchairuz. «Celle-là, je l’ai vue la semaine dernière, précise Jean-Marc Landry. Il y avait neuf loups, quatre adultes et cinq louveteaux.»

Il reste à trouver une morale à cette fable moderne. Et les éleveurs feront tout pour que ce ne soit pas «Adieu veaux, vaches, cochons, et couvées à l’alpage».

À lire: «Le loup», un livre de Jean-Marc Landry, 2017, chez Delachaux, 368 pages.

14 commentaires
    Podi

    Débat réchauffé depuis des années. Il suffit de dire combien de moutons de veaux et de vaches sont abattus pour notre consommation de viande et combien sont tués par les loups pour faire cesser tout débat.