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ÉditorialLa démocratie à huis clos

Mardi matin, le Grand Conseil a enterré en catimini les derniers espoirs de Sangar Ahmad. Ce nom ne vous dit rien? Rappelez-vous: en pleine crise du nouveau coronavirus, le Secrétariat aux migrations ordonnait à ce Kurde d’Irak débouté de quitter la Suisse au 13 avril. Ceci, alors qu’il travaillait pour une entreprise de désinfection et de nettoyage active dans les milieux hospitaliers, notamment. Mais, après avoir découvert son chemin de croix dans nos colonnes, plus de 10’000 personnes – parmi elles son patron ainsi que de nombreuses personnalités politiques et culturelles – ne l’ont pas entendu de cette oreille et l’ont fait savoir par le biais d’une pétition. Le texte demandait aux autorités vaudoises de tout faire pour que cet habitant exemplaire de Vevey puisse rester en Suisse.

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Comme si cette vague d’indignation inédite ne suffisait pas à démontrer le caractère public de l’affaire Sangar Ahmad, ce dernier a fait parvenir une lettre aux députés. Il y précise accepter que des informations privées le concernant soient divulguées lors des débats. Ce détail n’est pas anodin. Il renvoie en filigrane les élus face à leurs responsabilités élémentaires en démocratie: décidez en votre âme et conscience mais assumez votre position publiquement. Cependant, une courte majorité de droite s’est assise sur ce principe en prétextant, comble de l’ironie, la protection de la personnalité du jeune Kurde. Mais personne n’est dupe.

«En faisant sortir la presse et les spectateurs de l’hémicycle avant les joutes verbales, les élus ont décidé de ne pas expliquer aux Vaudoises et aux Vaudois pourquoi ils ont ensuite refusé de transmettre la pétition au Conseil d’État»

En votant le huis clos comme le demandait la commission des pétitions, le Grand Conseil s’inquiète en réalité moins de «N.B.» – c’est ainsi que Sangar Ahmad est anonymisé dans le rapport – que de sa propre image. En faisant sortir la presse et les spectateurs de l’hémicycle avant les joutes verbales, les élus ont décidé de ne pas expliquer aux Vaudoises et aux Vaudois pourquoi ils ont ensuite refusé de transmettre la pétition au Conseil d’État. Avant de tranquillement profiter d’une pause de midi bien méritée et d’embrayer sans accroc sur les points suivants de l’ordre du jour.

De son côté, Sangar Ahmad ne cache pas son immense déception. Il promet toutefois de quitter la Suisse dans les prochains jours. Ses soutiens, amers, semblent moins résignés mais laissent planer le doute sur les suites qu’ils comptent donner à ce vote. Reste une certitude: un Dafalgan ne suffira pas à apaiser leur gueule de bois.