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La rédactionLa démocratie du pouvoir, et celle du blabla

Avec la Convention citoyenne sur le climat, Emmanuel Macron voulait donner au monde un modèle de démocratie renforcée. Réalité ou couillonnade?

J’ai encore en mémoire ce tour de force dEmmanuel Macron. C’était le 29 juin dans les jardins de l’Élysée. Le président recevait avec une amabilité teintée de solennité les 149 recommandations de la Convention citoyenne sur le climat. On était quelques jours avant le raz-de-marée écologiste aux élections municipales et avec son flair habituel, Emmanuel Macron tentait d’anticiper le mouvement.

Face à lui, il y avait les 150 citoyens tirés au sort l’année précédente et qui avaient accepté de consacrer sept sessions de trois jours pour formuler des propositions afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce jour-là, Emmanuel Macron n’hésite pas à les caresser dans le sens du poil: «Vous proposez un modèle cohérent auquel j’adhère», déclare-t-il avec enthousiasme.

«Trois mois après la remise des propositions de la Convention citoyenne, le climat s’est déjà beaucoup rafraîchi, mais pas dans le sens espéré…»

Mieux. Il parle de «première mondiale», voit dans la Convention un modèle de «démocratie délibérative» jamais osé «sur un sujet aussi large» et qui permettra de «mieux associer les citoyens aux décisions qui les concernent». De manière spectaculaire, il ne fait usage que de trois «jokers» et il s’engage à transmettre les 146 propositions restantes au parlement ou aux organes chargés d’en décider. Et si ces fainéants fonctionnaires ou parlementaires traînent les pieds, Emmanuel Macron se pose en recours: «Je vous donne un droit d’alerte», lance-t-il royalement.

Ouaouhh! C’était si fort qu’on avait presque envie d’y croire.

Trois mois après, le climat s’est déjà beaucoup rafraîchi, mais pas dans le sens espéré. Le président Macron vient de balayer dédaigneusement le moratoire sur la 5G demandé par la Convention, en traitant d’Amish ceux qui refusent cette technologie. Amusant. Le 29 juin, il affirmait qu’«on ne peut pas répondre à l’urgence en divisant, en culpabilisant», et voilà qu’aujourd’hui il botte le cul de ces 150 citoyens en les traitant de rétrogrades attachés à la lampe à huile.

Ses ministres aussi s’en donnent à cœur joie: pas question d’introduire une taxe sur les voitures lourdes, dit l’un, pas d’écocontribution renforcée sur les billets d’avion, dit l’autre, et pas de baisse de la TVA sur les billets de train, ou pas d’interdiction d’agrandir les aéroports… Autant de propositions qui étaient celles de la Convention.

Simple communication?

Les jeux ne sont pas faits et il est trop tôt pour dire si la Convention citoyenne n’aura été qu’une couillonnade destinée à faire de la com, ou si c’est une tentative véritable de faire passer des réformes difficiles grâce à une forme d’onction populaire. Disons que pour l’instant, la première hypothèse est plutôt en pole position…

Pour mémoire, la Convention citoyenne était une réponse à la demande des «gilets jaunes» de plus de démocratie. Eux, ils pensaient démocratie directe, Emmanuel Macron a préféré démocratie délibérative. La différence entre les deux, c’est que l’une donne du pouvoir au peuple, l’autre pas.

4 commentaires
    G. Henchoz

    ... et si ce n'est de l'arrogance dans vos wahou et autre ... je ne vois pas ce que c'est ! Le pire c'est que ce sont les français que nous aimons traiter d'arrogants. Prenez donc un peu de recul.