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EnvironnementLa densité de phosphore est trop haute dans le lac de Morat

Une étude demandée par le Canton de Fribourg, en collaboration avec Vaud, livre des pistes qui pourraient redonner aux eaux un taux d’oxygène suffisant toute l’année.

Le lac de Morat (vu ici depuis le Mont-Vully) reçoit par divers biais 18 tonnes de phosphore par an. C’est trop selon les spécialistes.
Le lac de Morat (vu ici depuis le Mont-Vully) reçoit par divers biais 18 tonnes de phosphore par an. C’est trop selon les spécialistes.
LAURENT CROTTET

Le lac de Morat risque-t-il l’asphyxie? C’est ce que laisse entendre l’étude d’un bureau d’ingénieur mandaté par le Service de l’environnement du Canton de Fribourg en collaboration avec le Canton de Vaud. En clair, les niveaux de phosphore présents dans ses eaux ont certes été divisés par dix depuis 1980, mais les apports annuels qu’il reçoit sont encore trop élevés pour assurer la qualité des eaux et un taux d’oxygène suffisant toute l’année.

«Une concentration trop importante en phosphore contribue à une croissance excessive des algues, qui génèrent une baisse en oxygène dans l’eau.»

Eric Mennet, chef de la section Protection des eaux du Canton de Fribourg

Aujourd’hui, le flux de phosphore biodisponible vers le lac s’élève à 18 tonnes par an, soit 7 de plus qu’il ne faudrait pour qu’il puisse atteindre un état mésotrophe. À savoir un milieu dans lequel la disponibilité des aliments est moyenne. «Une concentration trop importante en phosphore contribue à une croissance excessive des algues, qui génèrent une baisse en oxygène dans l’eau et une asphyxie des écosystèmes aquatiques», explique Eric Mennet, chef de la section Protection des eaux du Canton de Fribourg, dans un communiqué.

En quête de solution, l’étude s’est penchée sur les 700 km² du bassin-versant hydrologique du lac de Morat à cheval sur Vaud et Fribourg. Elle montre les diverses provenances de ce flux au sein duquel les «apports diffus» (60%), qui sont essentiellement liés à l’agriculture, arrivent en tête. Suivent les STEP (28%), les réseaux d’évacuation des eaux (7%) et les dépositions atmosphériques (5%).

Le rôle des STEP régionales

Deux pistes sont ainsi avancées pour diminuer de 7 tonnes par an la masse de phosphore arrivant au lac. La première conduit vers les 31 stations d’épuration de la zone, qui rejettent annuellement 5 tonnes de phosphore dans le lac de Morat, via leurs eaux usées épurées.

Afin d’améliorer significativement la qualité globale de ce traitement, les deux Cantons ont prévu de regrouper une majorité d’entre elles dans cinq installations régionales à Écublens, Morat et Saint-Aubin côté fribourgeois, ainsi qu’à Lucens et Payerne côté vaudois. Un tiers de l’objectif total de réduction (en fait 2,6 tonnes par an au maximum selon les différentes simulations effectuées) pourrait être atteint en les dotant d’un système de filtration sur sable en toute fin de traitement. Bonne nouvelle: cette mesure présente des synergies avec le système de traitement des micropolluants dont elles doivent être équipées.

Les milieux agricoles aussi visés

Cette solution «technique» représente donc un pas important. Mais elle ne suffit pas pour autant à résoudre l’entier du problème. Les services de l’agriculture devraient ainsi être mis dans la boucle afin d’envisager des mesures dans leur secteur: l’essentiel des 60% d’apports diffus venant des milieux agricoles.

Et à ce titre, les ingénieurs se basent sur des progrès encourageants réalisés dans le bassin-versant de Hallwil (AG) pour affirmer dans leur rapport que des diminutions drastiques sont possibles. Quant au coût de ces dernières, l’étude avance qu’ils sont «comparables aux mesures sur l’épuration des eaux».

3 commentaires
    Anatole durand

    S’il n’y avait que le phosphore.... Nous balançons des dizaines de milliers de micropolluants dans nos eaux, à longueur d’années. En plus de cela, les mélanges de ces substances créent des cocktails détonnants dont nous ignorons quasiment tout. Une partie denos 800 Steps actuelles vont être remplacées par 140 stations plus modernes, capables de purifier le 80 % des substances nocives. Le déploiement est orémus jusqu’en 2040, soit dans 20 ans..... ce délai est beaucoup trop long ! Il serait grand temps de se bouger en accélérant la construction de ces nouvelles steps et en diminuant le rejet de micropolluants . Pour cela, il faudrait commencer par les répertorier afin de savoir sur quel type de bombe à retardement nous sommes assis...