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ÉditorialLa dernière tentation du Covid


Même différé en terre sainte romande, ce second confinement n’aura pas le goût du premier. On est passé de la surprise à la résilience, du combat commun à la lassitude individuelle, d’une vie recalée sur les balcons d’un printemps ensoleillé à l’intimité recluse d’un Noël qui n’aura jamais paru aussi peu festif. Un peu comme celui de la naissance de Jésus dans l’étable, sans le bœuf et l’âne gris.

Mais ce 18 décembre marque aussi, à sa manière, une forme d’espoir. Et si c’était un dernier effort, massif mais bref, pour confiner le Covid dans la longue liste des maladies avec lesquelles on vit mais qui ne sont plus mortelles? Tout refermer, ou presque, est évidemment un pari; peut-être celui de la dernière chance pour que les autorités soient encore suivies. Un risque qu’il fallait visiblement prendre. Dieu seul sait qu’il n’est pas facile d’être un décideur politique ces temps-ci.

«Tout refermer, ou presque, est évidemment un pari.»

D’ailleurs, chercher un coupable est un jeu vain. Petit retour en arrière. Sur l’échafaud, Il y a d’abord eu la chauve-souris, puis le pangolin, le Chinois et l’Italien, et, chez nous, le Tessinois. Face à l’inconnu et à sa part de fléaux, on cherche toujours une sorcière innocente à brûler, le fameux «patient zéro». Mais bon, en mars, on se serrait encore les coudes, on voyait dans la crise les prémices d’un lendemain meilleur, plus solidaire, plus local, moins consumériste.

Lors de la deuxième vague, le Zurichois a d’abord stigmatisé le Vaudois, avant qu’on inverse le processus. Nous sommes désormais dans l’ère du chacun pour soi, du doute du bien-fondé sanitaire, du «on ne va quand même pas nous empêcher de skier et de boire bras dessus, bras dessous pour passer le cap d’une future ancienne année bonne à oublier, ou bien?» Si tel devait être le cas, le Père Noël serait pour de vrai une belle ordure.

Disons-le une fois pour toutes, cette Schadenfreude n’est pas à la hauteur de l’enjeu. S’«il est juste et bon», pour paraphraser un missel, que chacun assume ses responsabilités, que celui qui n’a jamais été en position d’être covidé jette la première pierre à son voisin. Il y a tout de même une part de fatalité à ce qui nous arrive. Un joug dont nous ne nous libérerons qu’ensemble.

11 commentaires
    El Gringo

    La dernière tentation du Covid. Il me semble que je l’ai lu ce bouquin, c’est d’un écrivain crétois : Nikos Aliagas non ? Non, vraiment, j’ai un doute, Aliagas est grec, mais pas crétois. Vous avez décidemment l’art de la controverse. Mais si vous l’avez lu ce bouquin, vous en avez retenu le titre clinquant certes mais manifestement pas le message