Dangers naturelsLa menace qui planait sur Corsier a volé en éclats
Quelque 400 m³ de roches ont été dynamités ce dimanche sur une falaise surplombant l’A9. Retour sur une opération d’un quart de seconde qui aura nécessité cinq semaines de préparation.

Une centaine de spectateurs amassés sur un bord de route, smartphones braqués en mode vidéo. Des voix qui crépitent au talkie-walkie, récitant les étapes d’un protocole minuté. Et enfin, un compte à rebours qui s’égrène. Ce dimanche en fin de matinée, les abords du Tennis Club de Vevey, sur le plateau de la Veyre, avaient des airs de Cap Canaveral.
Pas de fusée à faire décoller, mais une masse rocheuse de 400 m3 à décrocher de la falaise située de l’autre côté du vallon, sur les hauts de Corsier-sur-Vevey. Ce surplomb menaçant était apparu à la suite de l’éboulement du 2 février, survenu au-dessus de l’A9. Et c’est à coups d’explosifs qu’il devait être neutralisé. Une opération délicate qui nécessitait l’interruption du trafic sur l’axe autoroutier.
Opération menée en toute confiance
Ce dimanche matin, donc. Une heure avant le minage prévu à 11 h 30, ingénieurs et responsables de l’Office fédéral des routes discutent en grappes orange fluo sur le trottoir. Check-list à la main et casque de chantier sur la tête, Renaud Chantry est confiant. «On a fait tout ce qui était possible pour que cela se passe au mieux», affirme le chef du projet pour le compte de CSD Ingénieurs.
Un public de curieux commence à affluer. Quelques photographes amateurs font le pied de grue, histoire de ne rien louper du spectacle qui se jouera à 400 mètres de là.

Pour sa part, Patrick Groux scrute l’autre versant avec un peu moins de légèreté. Et pour cause, la maison qui se situe à 25 mètres à peine du site de minage est la sienne. «Je suis plutôt confiant, assure-t-il. J’ai eu beaucoup de visites ces dernières semaines de la part des géologues et des artificiers. Des sismomètres ont été installés au sous-sol pour mesurer d’éventuels dégâts.»
«Risque de projections»
Il est environ 11 h lorsque Renaud Chantry prend la parole pour exposer au public les grandes lignes de l’opération. «Il s’agira de faire tomber 390 m3 de roche au moyen de 94 kilos de gel explosif. Au total, la séquence d’explosions durera 250 millisecondes.» Un quart de seconde.
«C’est une roche dure avec des failles ouvertes à l’intérieur, poursuit-il. Il y a un risque de projections, d’où la nécessité d’un périmètre de sécurité et de filets de protection installés sur le rocher.»
Vingt minutes plus tard, il empoigne sa radio pour ordonner la fermeture de l’autoroute. Aussitôt, des patrouilles de police immobilisent le trafic dans les deux directions. En quelques minutes, le viaduc de l’A9 est totalement désert. L’A12 descendant de Châtel-Saint-Denis (FR) est paralysée elle aussi.
Un silence religieux
À 11 h 29, Renaud Chantry lance: «On est à une minute du tir!» Et de s’adresser par radio aux artificiers postés de l’autre côté de la falaise. «Vous avez la confirmation pour le démarrage de la procédure. Je rappelle qu’il faut faire une vérification du ciel.» Les têtes se lèvent. Rien, hormis les drones des ingénieurs prêts à saisir les images. Et un rapace qui tournoie.

Un silence religieux étreint le public. À l’autre bout du talkie-walkie, une voix amorce un compte à rebours. «5, 4, 3, 2, 1…» Et soudain, de l’autre côté du vallon, la falaise se dérobe dans un nuage de poussière. Une épaisse vibration et une déflagration viennent s’ajouter à l’image de ces lourds rochers qui dévalent la pente. «Parfait, il n’y a pas eu de projection», murmure Renaud Chantry, juste avant que le public n’explose à son tour en applaudissements.
Deux à trois semaines pour déblayer
La radio grésille à nouveau. Pas de gros blocs, mais quelques petits éclats ont été repérés sur le bitume de l’A9. «C’était attendu avec ce genre de minage», rassure l’ingénieur. À 11 h 42, l’autoroute est rouverte.
Sur un trottoir déjà vidé de son public, les équipes se félicitent. Il faudra maintenant deux à trois semaines pour déblayer ces centaines de mètres cubes de ce «poudingue du Mont-Pèlerin». Au-dessus, la falaise est domptée. «On a récupéré une paroi propre», sourit Renaud Chantry en enlevant son casque.
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