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ÉditorialLa force de l’UE, malgré ses faiblesses

Une fois de plus, un sommet de l’Union européenne aura mis en scène ses divisions et frôlé le désastre avant de parvenir in extremis, comme dans un thriller, au happy end tant espéré. Les 27 ont leur accord, ils ont leur plan budgétaire post-Brexit et surtout ils se sont entendus sur un colossal paquet de relance destiné aux pays les plus touchés par la crise du Covid-19.

Pour la première fois, ce paquet ne compte pas seulement des prêts remboursables classiques (360 milliards d’euros), mais aussi une énorme part de subventions (390 milliards) qui seront financées solidairement.

Dans une certaine mesure, ce mécanisme réalise ce que l’UE avait été incapable de faire en 2010 avec la Grèce: aider un pays en crise sans l’accabler de conditions qui lui mettent la tête sous l’eau. Plus fondamentalement, il ouvre l’Europe à une dimension de solidarité budgétaire qui pourrait être financée par une nouvelle fiscalité (sur les géants du digital, le CO2, les transactions financières) qui soulagerait les États contributeurs. Certains y voient l’ébauche d’une Europe plus fédéraliste.

À ceux qui fustigent les calculs d’apothicaire du premier ministre néerlandais, on rappellera qu’il défendait son pays et qu’il a su transiger.

À ceux qui encensent les deux grands artisans de cet accord – Emmanuel Macron, qui a porté l’idée, et Angela Merkel, qui l’a rendue possible –, on dira que, paradoxalement, c’est le seul regret. Une fois de plus, ce sont l’Allemagne et la France qui ont décidé entre eux, et qui ont montré le chemin. Le jour où d’autres pays sauront penser l’Europe et la faire avancer sans attendre des deux grands qu’ils leur disent où aller, ce jour-là, peut-être, le rêve fédéraliste aura-t-il des couleurs plus chatoyantes.