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Lutte nationale contre l’épidémieLa fumeuse stratégie Covid d’Alain Berset et des Cantons

Un document officiel élaboré par la Confédération et les Cantons permet de mieux comprendre pourquoi les autorités ont été débordées par la 2e vague.

Alain Berset à Berne le 28 octobre 2020.
Alain Berset à Berne le 28 octobre 2020.
KEYSTONE/Peter Klaunzer

La Suisse se prend la 2e vague Corona en pleine figure. Ce vendredi, l’Office fédéral de la santé publique a annoncé plus de 9000 contaminations, 279 nouvelles hospitalisations et 51 décès en un jour. Notre pays se hisse, par nombre d’habitants, à la place peu enviée de principal foyer de l’épidémie en Europe et dans le monde.

Comment en est-on arrivé là? Pourquoi la Suisse n’a-t-elle pas préparé une stratégie efficace quand les chiffres étaient bas au début de l’été? Quand on pose la question au ministre de la Santé Alain Berset en conférence de presse, la réponse est filandreuse. Il martèle que le Conseil fédéral a bien sûr élaboré une stratégie, qu’elle s’est faite en concertation avec les Cantons mais qu’effectivement tout le monde a été surpris par la rapidité et la virulence du retour du virus.

La souplesse d’Alain Berset

Ni Alain Berset ni Lukas Engelberger, le président de la Conférence des directeurs de la santé (CDS), n’ont jamais détaillé en quoi consistait concrètement cette stratégie. Ni quelles mesures il convient de prendre obligatoirement quand on dépasse un seuil de contaminations, d’hospitalisations ou de décès. Pour Berset, il faut garder une grande souplesse «car il n’y a pas d‘effet mécanique d’une mesure sur la progression du virus». En gros, le discours se résume à: «On est bien préparé, laissez-nous faire et les virus seront bien gardés».

Il existe pourtant un document officiel qui détaille cette fameuse stratégie nationale. Il n’a longtemps pas été rendu public. Mais grâce à Hernâni Marques, un activiste du Net qui a actionné récemment la loi sur la transparence, le rapport est sorti en allemand, puis sa version française nous a été transmise par la CDS. Nous avons lu ce document de 12 pages. Et on comprend mieux pourquoi les autorités étaient mal équipées pour affronter la 2e vague. Leur «stratégie» n’est pas un plan de bataille concret contre le virus mais plutôt un catalogue d’intentions, souvent rédigé dans un sabir confédéral qui ménage la chèvre (la Confédération) et le chou (les Cantons).

Un but stratégique clair

Première surprise à la lecture, le document est daté du… 22 octobre. Il a en fait été élaboré en été par l’Office fédéral de la santé publique et la CDS, puis a été transmis aux Cantons. Ces derniers l’ont cependant approuvé formellement il y a seulement 10 jours alors que l’épidémie déferlait. Le document fixe un but stratégique clair: «La mise en œuvre de mesures adéquates doit permettre de prévenir une deuxième augmentation incontrôlée du nombre de cas. Le but premier est d’éviter qu’il y ait des victimes (évolutions graves de la maladie et décès) et de limiter les dégâts économiques.» On ne peut pas parler d’une réussite.

Sont énumérés ensuite des «défis particuliers», comme celui d’avoir suffisamment de tests et des résultats dans les 24 heures. Il s’ensuit tout un développement sur les procédures de coordination entre Cantons et Confédération qui tiennent de l’usine à gaz. On notera au passage qu’il y a un «téléphone rouge» entre Berset et Engelberger.

Des niveaux flous

Puis les trois niveaux d’évolutions épidémiologiques, du plus bénin au plus grave, sont exposés avec les mesures à prendre. Las, tout reste dans le flou. Les niveaux sont caractérisés par un simple graphique d’une vague. Les restrictions des manifestations ou des rassemblements ne sont pas chiffrés. Quand faut-il par exemple limiter les spectateurs d’un match à 1000, 100, 50 ou zéro? Pas de réponse et pas de plan d’action précis.

La Suisse se trouve désormais au niveau trois, caractérisé par «une augmentation régionale non contrôlée et une forte reprise au niveau national». Que préconise le rapport? «Si les mesures cantonales d’atténuation des risques, bien que mises en œuvre de manière optimale, ne permettent pas (contre toute attente) d’éviter une augmentation massive du nombre de cas en Suisse et une surcharge des capacités hospitalières, la Confédération doit en partie reprendre les rênes». Eh bien, c’est mal parti. Bien que la Suisse soit devenue un hot spot Corona depuis la mi-octobre, la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga ne voyait toujours pas mercredi la nécessité de reprendre les pleins pouvoirs et de mettre fin au bazar actuel.

76 commentaires
    Sans importance

    Quand on entre dans un virage assez long, il faut tenir le volant jusqu'à sa sortie (c'est de moi).

    Si vous lâchez le volant, c'est le mur, ou le ravin.

    On continue a enchaîné les murs et les ravins encore longtemps??