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BirmanieLa junte avertit les manifestants qu’ils risquent de mourir

Depuis trois semaines et malgré les morts, les manifestants pro-démocratie restent mobilisés contre la junte birmane qui n’hésite pas à tirer sur la foule.

L’avertissement de la junte est intervenu au lendemain de la journée la plus meurtrière depuis le coup d’État, avec le décès samedi de trois personnes. (Photo Sai Aung Main / AFP)
L’avertissement de la junte est intervenu au lendemain de la journée la plus meurtrière depuis le coup d’État, avec le décès samedi de trois personnes. (Photo Sai Aung Main / AFP)
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Des dizaines de milliers de personnes sont descendues lundi dans les rues de plusieurs villes birmanes pour dénoncer encore le coup d’Etat militaire, bravant les avertissements de la junte qui menace de recourir à la force létale pour en finir avec «l’anarchie».

Cette mise en garde est intervenue dimanche, au terme d’un week-end endeuillé par le décès de trois manifestants, et marqué par les funérailles d’une jeune femme qui avait succombé vendredi à ses blessures.

Trois semaines après le putsch du 1er février et l’arrestation de l’ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, la mobilisation pro-démocratie ne faiblit pas, avec des manifestations quotidiennes, et une campagne de désobéissance civile qui perturbe le fonctionnement de l’Etat et l’économie.

«Les manifestants sont en train d’inciter les gens, notamment les adolescents et jeunes exaltés, à se lancer sur la voie de la confrontation où ils périront», ont averti dimanche soir les autorités dans un communiqué en birman lu sur la chaîne publique MRTV, et dont une traduction anglaise apparaissait à l’écran. Le texte mettait en garde les manifestants contre la tentation d’inciter la population à «l’émeute et à l’anarchie».

Le rapporteur spécial de l’ONU pour les droits de l’Homme en Birmanie, Tom Andrews, s’est dit profondément inquiet par ces menaces. «Avertissement à la junte: contrairement à 1988, les agissements des forces de sécurité sont enregistrés et vous devrez rendre des comptes», a-t-il dit sur Twitter.

«Tellement en colère»

La mise en garde du pouvoir n’a pas dissuadé les manifestants de descendre dans les rues de Rangoun, où des dizaines de milliers de personnes ont défilé.

«Nous sommes ici aujourd’hui pour nous associer à la contestation, pour nous battre jusqu’à ce que nous gagnions», a déclaré Kyaw Kyaw, un étudiant de 23 ans. «Nous nous inquiétons de la répression mais nous continuerons. Nous sommes tellement en colère».

Les habitants de Rangoun ont pu constater lundi un renforcement des dispositifs de sécurité dans la capitale, avec nombre de camions de la police et de l’armée dans les rues, alors que des barrages avaient été érigés dans les rues proches du quartier des ambassades.

«L’armée a injustement pris le pouvoir au gouvernement civil élu», a dénoncé un manifestant de 29 ans sous couvert de l’anonymat. «Nous nous battrons jusqu’à ce que nous obtenions notre liberté, la démocratie et la justice.»

Une jeune épicière devenue une icône

Des milliers de personnes ont aussi manifesté dans la capitale Naypyidaw qui est aussi un bastion de l’armée. Des rassemblements ont également eu lieu dans les villes de Myitkyina (nord) et Dawei (sud). Nombre de marchés et magasins sont restés fermés à Rangoun et dans d’autres villes, après des appels à la grève générale pour amplifier le mouvement de désobéissance civile.

Dimanche, les Birmans avaient rendu hommage à la première victime de la répression militaire, une jeune épicière devenue une icône de la résistance anti-junte. Les funérailles de Mya Thwate Thwate Khaing, blessée par balles à la tête et décédée vendredi après 10 jours passés en soins intensifs, ont eu lieu dans la périphérie de la capitale Naypyidaw, en présence de plusieurs milliers de personnes.

Samedi, deux personnes ont péri à Mandalay quand la police a tiré sur la foule, et un homme de 30 ans a été tué à Rangoun.

Réunion de l’UE

Aux manifestations massives contre leur coup d’Etat, les militaires birmans ont répondu en renforçant progressivement le déploiement des forces de sécurité, et en ayant de plus en plus recours à la force pour disperser les protestataires.

Balles en caoutchouc, gaz lacrymogènes, canons à eau… les services de sécurité ont même eu parfois recours aux tirs à balles réelles.

À en croire l’Association d’aide aux prisonniers politiques, 640 personnes ont été arrêtées depuis le putsch. Parmi les personnes ciblées figurent notamment des cheminots, des fonctionnaires et des employés de banque qui ont cessé de travailler par solidarité avec l’opposition à la junte.

L’escalade des tensions a provoqué de nouvelles condamnations internationales, dénoncées dimanche soir par le ministère birman des Affaires étrangères comme une «ingérence flagrante» dans les affaires intérieures du pays.

«Malgré les manifestations illégales, les incitations aux troubles et à la violence, les autorités (birmanes) font preuve de la plus grande retenue en ayant recours le moins possible à la force pour faire face aux perturbations», a affirmé le ministère dans un communiqué.

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne doivent se réunir lundi pour discuter d’éventuelles sanctions.

AFP/NXP