Passer au contenu principal

Quarantaines et renvois se multiplient«Le football n’est pas compatible avec le coronavirus»

Face à la nouvelle normalité imposée par le Covid-19, il devient compliqué de conserver une motivation intacte. Des entraîneurs et joueurs de la Swiss Football League en parlent sans détour.

Plusieurs joueurs de Super et Challenge League de football sont en panne de motivation.
Plusieurs joueurs de Super et Challenge League de football sont en panne de motivation.
Keystone

Des cas de Covid-19 qui explosent, des hôpitaux qui saturent… Et là, au milieu, entre des équipes en quarantaine et des matches renvoyés, des joueurs qui continuent de s’entraîner.

Dans ce contexte particulier, de nombreux professionnels des pelouses de Swiss Football League l’admettent: ils n’ont plus vraiment la tête au foot et se posent une kyrielle de questions: poursuivre le championnat coûte que coûte a-t-il encore un sens? Ne vaudrait-il pas mieux suspendre les activités jusqu’au printemps afin de «laisser passer la deuxième vague», comme le suggère Christian Constantin? Si les avis divergent sur la proposition du président du FC Sion, un flou croissant règne dans les vestiaires.

«Aujourd’hui, les priorités ont changé. Il y a trop de choses plus importantes que le foot»

Giorgio Contini, coach du Lausanne-Sport

À Lausanne, l’entraîneur Giorgio Contini ne sait lui non plus pas de quoi demain sera fait. «Avant, observe-t-il, l’incertitude était uniquement sportive. Aujourd’hui, les priorités ont changé. Il y a trop de choses plus importantes que le foot. On ne peut plus mettre le focus sur ce qui se passe sur le terrain.»

Le grand brassage des équipes nationales

Après le renvoi de son match agendé au Parc Saint-Jacques dimanche, le néo-promu vaudois sait déjà qu’il ne pourra pas accueillir Vaduz samedi soir. Après Bâle et Sion, le club de la Principauté est la troisième équipe de Super League à être mise à l’isolement pour dix jours. À ce rythme, l’établissement d’un calendrier tient du casse-tête. «À l’entraînement, reprend le coach du LS, l’équipe n’a pas lâché. Mais tout le monde s’interroge sur la suite. Avec autant de flous et de reports, où trouver la motivation? On peut toujours s’entraîner, mais qu’en sera-t-il dans une semaine?»

Face à l’explosion des cas intervenus après la dernière trêve internationale, le technicien de la Pontaise s’interroge sur le rôle quauraient pu jouer les équipes nationales et le brassage qui en résulte. «Ce type de rassemblement constitue un important facteur de propagation du virus», estime Contini, lequel n’est pas loin de penser qu’il conviendrait de supprimer la prochaine pause, prévue à partir du 9 novembre.

«Jouer au football, c’est à la fois un plaisir et offrir un spectacle. Or depuis des mois, il n’y a ni plaisir ni spectacle»

Raphaël Nuzzolo, attaquant de Xamax

Face à la dégradation de la situation sanitaire, un climat de pesanteur s’est installé autour des pelouses helvétiques. Une atmosphère que Raphaël Nuzzolo (37 ans) ressent chaque jour lorsqu’il se rend à l’entraînement. «Cela devient pénible, reconnaît l’attaquant de Xamax. Le football n’est pas compatible avec le coronavirus. Chaque fois que tu arrives dans un vestiaire, tu sens que tu peux le choper. Avant, tu te concentrais sur ta performance. Désormais, l’important, c’est de faire attention. Jouer au football, c’est à la fois un plaisir et offrir un spectacle. Or, depuis des mois maintenant, il n’y a ni plaisir ni spectacle.»

La progression de la relève à l’arrêt

Ce sentiment de lassitude n’est pas propre au sport selon Nuzzolo. «Le foot n’est que le reflet de la société. Dans la réalité, c’est toute la population qui en a marre.» Fort de son expérience, le Biennois s’inquiète surtout pour la nouvelle génération, à l’arrêt, pour tous ces espoirs dont les rêves de progression sont en stand-by. Pour survivre, bien des clubs attendent l’aide de la manne fédérale. «On doit bien vivre de quelque chose, reprend le No 14 de la Maladière. Mais ce sont des décisions qui me dépassent. C’est devenu politique.»

«C’est plus dur de se motiver dans un stade vide, sans public. Alors oui, une forme de lassitude peut exister»

Vincent Sasso, joueur du Servette FC

Beaucoup d’acteurs nous ont parlé d’adaptation, c’est le cas de Vincent Sasso, le défenseur du Servette FC. «Cela devient compliqué car on ne maîtrise plus grand-chose, lâche la tour de la Praille. C’est plus dur de se motiver dans un stade vide, sans public. Alors oui, une forme de lassitude peut exister. C’est délicat pour tout le monde. En tant que pro, on se doit de continuer à être sérieux, en se préparant à jouer.» Le club «grenat» doit normalement accueillir Zurich samedi.

«On aimerait rejouer mais il importe aussi que le championnat ait un sens»

Gaëtan Karlen, joueur du FC Sion

Toujours en quarantaine le week-end prochain (son match contre Lucerne a déjà été renvoyé), le FC Sion devrait au mieux reprendre le championnat une semaine plus tard à Bâle. Depuis le 21 octobre, Gaëtan Karlen ne sort plus de son appartement veveysan. «C’est frustrant d’être stoppé du jour au lendemain alors que l’on venait de commencer. J’ai le sentiment qu’on ne contrôle plus rien.»

Promenade sur le balcon et corde à sauter

Comment l’attaquant meuble-t-il ses longues journées? «J’ai un balcon, je peux aller prendre l’air, répond le Valaisan. Et ma femme m’a acheté une corde à sauter

Il est pourtant difficile de se projeter dans cette nouvelle normalité. «On voit que la situation ne cesse d’empirer, poursuit Karlen. En tant que joueur, on aimerait rejouer mais il importe aussi que le championnat ait un sens. J’évite de me poser trop de questions dans la mesure où je n’ai pas les réponses. Du reste, qui peut se targuer de les avoir?»

Dans les clubs comme partout, on attend avec impatience – et souvent anxiété – les prochaines décisions du Conseil fédéral.



6 commentaires
    Guydebs

    Arrêtez tout de suite ce maudit championnat, déjà pour l'équité sportive ! En tant que bons organisateurs, vous aurez bien l'occasion de le poursuivre de manière raisonnable quand le moment sera venu !