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ÉditorialLa leçon de Kafka

Kafka rôde autour de l’équipe de Suisse de football. Son univers magique et réaliste avec. À observer cette sélection helvétique en pleine métamorphose, on dresserait des parallèles sans se tromper.

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Il y a là quelque chose qui se transforme et qui, dans cette modification, suscite des inquiétudes. La Suisse n’est pas le Gregor de la célèbre nouvelle, cet antihéros qui devient un horrible insecte. Mais comme lui, elle change. Elle se change. En quelque chose d’autre.

C’est cette transgression-là qui interroge. Parce qu’elle s’accompagne de beaucoup d’incompréhensions, dont les résultats manquants la désagréable face visible font le lit.

«Dans sa métamorphose, la Suisse a besoin de se rassurer.»

Non, cette Suisse qui évolue ne gagne plus en 2020. Sept matches, aucune victoire, la part du monstrueux est là, pour faire écho à Kafka. Le rejet aussi, pour certains. Il faut se méfier des apparences. Au fond, pas plus que Gregor, cette équipe de Suisse n’a changé: elle demeure, avec Vladimir Petkovic à la barre, celle qui s’est qualifiée trois fois de suite pour les phases finales de grands tournois (Euro 2016, Mondial 2018 et Euro 2020). Et contrairement au héros kafkaïen, elle cultive sa nouveauté pour l’avoir choisie.

On parle là de ses nouvelles idées, de sa philosophie de jeu, de tout ce qui s’est patiemment mis en place, au lendemain du Mondial 2018, dans l’idée d’un développement. Elle a osé dire tout haut ses volontés, ses ambitions. Kafka avertit: «Croire au progrès ne signifie pas qu’un progrès ait déjà eu lieu». Il a raison.

Dans sa métamorphose, la Suisse a besoin de rassurer. Concrètement. En battant l’Ukraine mardi soir à Lucerne, en brillant à l’Euro l’été prochain. Ici, la nécessité de convaincre. Là, en attendant, l’inutilité de lui faire de faux procès. Tiens: Kafka est toujours là.