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ÉditorialLa leçon de l’UDC

Le parti mène une campagne émotionnelle contre la libre circulation des personnes. En face, l’argumentaire est rationnel et précis, mais moins proche du citoyen.

L’UDC n’a pas son pareil pour mener une campagne politique. Il y a eu cette vidéo, abondamment commentée, montrant une petite fille inquiète pour son pays qui étouffe sous le béton, les embouteillages et la criminalité. Une Suisse à 10 millions d’habitants dont pas grand monde n’ose rêver.

Il y a aussi ces affiches qui disent poliment «Oui à une immigration modérée». Comme si l’UDC du clan Blocher et de Marco Chiesa ne voulait plus de l’image de «Neinsager» qui lui colle aux basques. Votez oui le 27 septembre, nous dit le parti, et notre pays reprendra le contrôle de l’immigration. Elle sera équilibrée, maîtrisée, et surtout plus faible qu’aujourd’hui. La fillette du clip vidéo pourra alors enfin respirer et son papa aura une chance de conserver son emploi.

«Pour contrer un message aussi simple et positif, le camp adverse n’a pas la partie facile»

Pour contrer un message aussi simple et positif, le camp adverse n’a pas la partie facile. Les autorités fédérales et cantonales se débattent avec des arguments économiques indiscutables, mais plus éloignés de nos vies. Exemple: en entraînant la fin de la libre circulation des personnes, l’acceptation de l’initiative UDC priverait la Suisse d’accès âprement négociés aux marchés européens. Pour faire vibrer la corde sensible du citoyen lambda, il faudra repasser.

Du coup, les austères stratèges d’EconomieSuisse s’aventurent sur le terrain émotionnel en brandissant des allumettes, histoire d’exhorter les Suisses à ne pas incendier leur propre prospérité. Quant à la gauche syndicale, elle tente d’alerter l’opinion sur le danger qui pèserait sur nos salaires en cas de oui. Un peu de concret, enfin.

Dans moins de cinq semaines, tout porte à croire que la prudence et la raison vont l’emporter. L’UDC va sans doute perdre le match qui l’oppose au reste de la Suisse. Mais les gagnants auront encore des choses à apprendre.