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Carte blancheLa Maison de l’Elysée plonge dans le noir

L'avenir du remarquable bâtiment qui abritait le musée consacré à la photographie est à peine esquissé.

Le Musée de la photographie a fermé ses portes dimanche dernier. Il devrait les rouvrir dans deux ans, après son déménagement. Ce trésor photographique quitte la remarquable Maison de l’Elysée, son berceau il y a quarante ans. Dès 2020, il profitera d’un volume plus vaste, celui de Plateforme 10. Il y vivra en coloc avec le Mudac, Musée du Design, qui part lui aussi d’une vénérable maison au flanc de la Cathédrale. Le Musée de la photo sera le voisin du Musée des Beaux-Arts qui a déjà été exfiltré du carcan de l’inénarrable Palais de Rumine. Bref, à Lausanne, les musées désignés comme les plus importants sont réinstallés confortablement dans du neuf. Vaud construit aussi pour la culture, tant mieux.

Le dernier propriétaire privé de la Maison de l’Elysée cède son bien au Canton il y a cinquante ans. Le gouvernement veut en faire un lieu de réception, un brin pompeux. Et si ce lieu en met plein la vue à ses hôtes, c’est encore mieux. À la Maison de l’Elysée, pas de doute, le mobilier et les tapisseries ne viennent pas de chez Ikea. Et, depuis les fenêtres ou le parc, le paysage est plus charmant que celui dont le promeneur peut profiter depuis le fond d’une dépression karstique jurassienne. Nos ministres disposent du rez-de-chaussée et d’un bout du premier étage. Ils y reçoivent moult homologues, diplomates, la princesse Anne, la reine Beatrix (qui porte en 1993 un toast "au bien-être de tous les habitants du canton de Vaud"), etc.

«Le Château n’a pas l’élégance sucrée de ce bijou baroque»

Surtout, depuis quarante ans, le reste de la maison, rénovée, est aussi consacré à ce qu’il est convenu d’appeler la démocratisation de la culture. Car bien qu’il soit conscient de la nécessité d’avoir un décor adapté à ses bonnes manières, le Conseil d’Etat d’alors sait partager. Ainsi, il y installe le Cabinet des Estampes. Puis au milieu des années 1980, le Musée de la photographie auquel Charles-Henri Favrod et ses successeurs allaient donner son éclat.

Et puis, il y a une petite dizaine d’années, le gouvernement commence à prendre l’habitude de siéger fréquemment à la Maison de l’Elysée, pas seulement de recevoir. Un peu par goût. Un peu parce que son Château Saint-Maire entre peu à peu dans une phase de chantier. Sa restauration centenaire coûte 23 millions de francs. Elle s’achève en 2018.

Vu de dehors, le château savoyard n’est pas moins épais qu’avant, mais son intérieur est plus spacieux et lumineux. Il permet de recevoir des hôtes de marque avec une pompe appréciable. Mais comme le Château n’a pas l’élégance sucrée du bijou baroque qu’est la Maison de l’Elysée, admettons encore que l’exécutif préfèrent encore cette dernière pour y accueillir la fine fleur de ses invités.

Avenir esquissé

Cependant, rien n’oblige le gouvernement d’aujourd’hui à soustraire cette maison à un usage culturel public qui s’y est enraciné dans les années 1980, à priver le bas de la ville de Lausanne d’un lieu vivant. Parce que trois musées gagnent soudain plein de mètres carré et de mètres cube, tout débat sur un avenir culturel pour la Maison de l’Elysée a été inconcevable.

L’avenir de la bâtisse est déjà esquissé par le Conseil d’Etat: elle est réservée à lui-même et à son administration, peut-être louée pour des séminaires d’entreprises ou à une fédération sportive. Pourtant, avec la richesse des collections qui dorment dans nos institutions culturelles, avec le foisonnement de projets dans les têtes des créateurs, une idée se serait imposée pour l’ouvrir encore à la culture au public. Il fallait une imagination et une volonté que le Conseil d’Etat n’a pas eues, préférant se garder le meilleur morceau de son patrimoine.

La dernière fête du musée de la photo, les 26 et 27 septembre derniers à la Maison de l’Elysée, s’appelait «Le dernier éteint la lumière!». Elle portait bien son nom.

1 commentaire
    Nicki

    C'est vrai que cela ne fait pas plaisir d'imaginer ce lieu superbe devenant des bureaux pour fonctionnaires. D'un autre côté, y a-t-il eu des propositions, des idées créatives ? Pas à ma connaissance. Et le pôle muséal comme on appelle le nouveau musée des Beaux-Arts, est très bien situé et les gens pourront visiter le tout en une fois s'ils viennent de l'extérieur.

    Les suisses allemands sont amateurs de culture et n'hésiteront pas à se déplacer tandis que s'il faut chercher les différents musées à travers une ville en pente et s'en tenir aux horaires y.c. ceux du train, cela prend bien davantage de temps.

    A l'Elysée on aurait pu consacrer par exemple le rez de chaussée et une partie du jardin à un bar à café sympathique, mais vu qu'il y a déjà trop de cafés à Lausanne et que ceux-ci vivement chichement depuis la pandémie, l'idée aurait peut-être fait beaucoup de frais pour peu de rendement, sauf en saison d'été.