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Publicité politiqueLa nouvelle vidéo de l’UDC crée la polémique

Dans un spot vidéo de deux minutes, l’UDC met en scène une fillette pour faire la promotion de son initiative de limitation. La méthode soulève questions et indignation.

Une enfant est très inquiète pour son pays au nom de l’UDC. La vidéo entière dure plus de deux minutes.
Une enfant est très inquiète pour son pays au nom de l’UDC. La vidéo entière dure plus de deux minutes.
DR

Une fillette admire les montagnes, «grandes et fortes», traverse Zürich et ne trouve pas de place dans le tram. Elle constate l’ampleur des embouteillages et la quantité de voitures, déplore la criminalité, l’omniprésence du béton, des détritus et des étrangers qui menacent son pays… Voilà ce qu’on peut voir dans le nouveau spot publicitaire de deux minutes réalisé par l’UDC Suisse. Le parti entend frapper fort dans la campagne pour son initiative de limitation.

Depuis sa sortie, la presse alémanique a largement commenté la vidéo en question, et les opposants critiquent vivement la méthode en évoquant une campagne émotionnelle et raciste. Laura Zimmermann, co-présidente du mouvement politique «Opération libéro», a dénoncé auprès de nos confrères de Nau.ch «l’utilisation d’une enfant comme porte-parole et sur laquelle l’UDC délègue la responsabilité de défendre leur propre initiative».

«Je ris de ces moralisateurs à deux francs six sous»

Kevin Grangier, président de la section vaudoise de l’UDC

Le spot soulève ici une question importante: est-ce permis d’instrumentaliser un enfant au nom d’une publicité politique? Pour Matthias Kiess, de TBWA\Zurich, professionnel de la publicité qui s’est exprimé à ce sujet dans les colonnes du Tages Anzeiger, la réponse est nuancée: «Moralement non, mais juridiquement oui - dans les conditions appropriées il faut que la protection de la personnalité soit respectée, c'est-à-dire que le nom de l'enfant ne soit pas rendu public. Et qu'il existe un consentement parental. Si toutes ces conditions sont remplies, il n'y a aucun moyen de faire quoi que ce soit légalement contre ce film.»

Des accusations auxquelles Kevin Grangier, président de la section vaudoise du parti agrarien, n’accorde aucune importance: «Je ris de ces moralisateurs à deux francs six sous. Ceux qui s’indignent aujourd’hui que l’UDC réalise un petit clip de campagne où l’on voit une enfant s’interroger sur son avenir, ce sont les mêmes qui ont encensé toute l’année dernière Greta Thunberg qui, je le rappelle, est aussi mineure. Et ils viennent encore nous donner des leçons de morale. Je n’ai aucun problème avec l’indignation, mais pas quand elle est à sens unique».

«On ne peut pas la qualifier de raciste»

Bien qu’il suscite de nombreuses réactions, ce spot publicitaire est pourtant dans la droite lignée de ce que fait l’UDC depuis presque trente ans, comme l’explique Louis Perron, politologue et spécialiste en communication politique basé à Zürich: «Il n’y a rien de nouveau avec cette vidéo, c’est classique de la part de l’UDC. On observe toujours le même mécanisme: ils font campagne avec des éléments de communication politiquement incorrects, que ce soit par l’image ou par les mots utilisés. Cela va créer ensuite un scandale, qui va engendrer une métacommunication dans l’espace rédactionnel et c’est le buzz assuré. Les journalistes tombent à chaque fois dans le piège!».

Du côté des associations anti-raciste, la vidéo ne choque pas plus que ça. «On ne peut pas la qualifier de raciste. Il n’y a rien qui me fasse dire qu’on pourrait invoquer l’article 261 bis (ndlr: la norme pénale contre la discrimination raciale). On peut y voir furtivement deux personnes noires, mais elles ne sont pas plus stigmatisées que ça, réagit Antoine Reymond, président de la section vaudoise de la ligue internationale contre le racisme et antisémitisme (LICRA). L’UDC ressort simplement ici cette vieille mythologie d’une Suisse bien à nous, dans laquelle on avait toute la place et où on était bien seul, dans notre coin».

Un message politique vague

Les observateurs politiques s’interrogent également sur le fond du message que souhaite transmettre l’UDC avec cette vidéo. Louis Perron estime qu’il reste vague et mélange plusieurs thématiques. «On y retrouve les points d’attaques classiques que l’UDC avance contre l'immigration: les gens perdent leurs emplois, il n’y a plus assez de places dans la rue, dans les trains… On l’a entendu déjà un millier de fois, analyse le spécialiste. Le message de la vidéo reste assez superficiel, il est un peu détourné dans le sens ou la vidéo ne parle pas du cœur de l'initiative, à savoir la libre circulation des personnes dans l’Union Européenne».

«La vidéo ne parle pas du cœur de l'initiative, à savoir la libre circulation des personnes dans l’Union Européenne»

Louis Perron, politologue et spécialiste en communication politique

Tout le contraire de Kevin Grangier. Selon lui, le spot publicitaire est tout à fait pertinent: «Il relève les effets positifs que l’initiative aura pour lutter contre les très nombreux excès engendrés par la libre circulation. Cette vidéo compile en deux minutes l’ensemble des défis que nous impose l’immigration, l’ensemble des abus et des excès qu’il faut combattre, que ce soit dans l’environnement, dans nos offres sociales, le marché du travail, etc. Elle dérange seulement parce qu’elle montre la vérité».

La stratégie marketing politique mise en place par l’UDC avec cette vidéo portera-t-elle ses fruits? Si elle semble à même de bien fonctionner pour rassembler la base électorale du parti, qui avoisine les 30% en Suisse, cela risque d’être encore insuffisant pour convaincre la majorité des votants. Réponse le 27 septembre prochain.