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ColombieLa pandémie raréfie la main d'oeuvre pour la récolte du café

Le confinement empêche les ramasseurs colombiens de se rendre dans les plantations de café. De quoi raviver l’inquiétude chez les producteurs.

La pandémie a douché l'optimisme des caféiculteurs.
La pandémie a douché l'optimisme des caféiculteurs.
AFP
Le confinement, imposé depuis deux mois contre la propagation du covid-19, empêche les ramasseurs saisonniers de se rendre dans les plantations.
Le confinement, imposé depuis deux mois contre la propagation du covid-19, empêche les ramasseurs saisonniers de se rendre dans les plantations.
AFP
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Les producteurs de café colombien, l'un des plus réputés du monde, craignent que la récolte ne sèche sur pied. Le confinement, imposé depuis deux mois contre la propagation du covid-19, empêche les ramasseurs saisonniers de se déplacer pour rejoindre les plantations.

La pandémie a douché l'optimisme des caféiculteurs, dont 91% de la production part à l'exportation. Après une forte chute des cours l'an dernier, ils voyaient leurs revenus remonter grâce à la baisse récente du peso face au dollar.

«Que gagnons-nous avec ce bon prix du café s'il ne peut être récolté étant donné le peu de ramasseurs qu'il y a?», lance Gustavo Echeverry, 51 ans, précisant à l'AFP que «la pénurie de main d'oeuvre» la rend en outre «très coûteuse».

Ce planteur du département de Risaralda, dans la zone caféière du centre-ouest du pays, a besoin de 60 saisonniers. Il n'a pu en recruter que 40.

A cette époque de l'année, les caféiculteurs de Colombie – troisième producteur mondial après le Brésil et le Vietnam, d'un café arabica de meilleure qualité – procèdent à une récolte intermédiaire.

Les grandes exploitations s'inquiètent déjà d'une aggravation de la pandémie et d'un prolongement du confinement au delà de juin. Cela se traduirait par un grave manque de main d'oeuvre pour la principale récolte, qui s'étend d'octobre à décembre.

Hygiène dans les caféiers

De surcroît, lorsque les grains ne sont pas ramassés, ils tombent sur le sol et attirent l'un des principaux ravageurs du café, le scolyte.

«Nous espérons que la hausse actuelle des cours ne soit pas synonyme d'abondance aujourd'hui et de faim demain», lâche M. Echeverry.

Selon Roberto Vélez, directeur de la Fédération nationale des caféiculteurs (FNC), la pénurie de main d'oeuvre est quelque peu compensée par les «habitants des zones caféières, qui habituellement ne travaillent pas comme ramasseurs, mais qui du fait même de cet enfermement (...) se retrouvent aujourd'hui sans emploi».

La Colombie, avec à ce jour plus de 18’300 cas confirmés, dont quelque 650 morts, a imposé le confinement à ses 48 millions d'habitants le 25 mars, deux semaines après la détection du virus dans le pays.

La FNC assure que sa priorité est la santé des travailleurs: port du masque, lavage des mains, désinfection des bottes et distance entre les personnes sont la nouvelle routine des plantations.

Esteban Ceron, administrateur de l'exploitation La Morelia, dans le département du Quindio, a imposé ces règles d'hygiène, mais les employés ont du mal à s'y habituer. «Il faut à tout moment les leur rappeler», dit-il.

A bon prix?

Le secteur du café fait vivre environ 540’000 familles en Colombie.

C'est l'un des principaux secteurs d'exportation de la 4e économique d'Amérique latine, après le pétrole et les produits miniers.

Le cours international, fixé à New York et qui en 2019 a touché le plancher de moins d'un dollar la livre, s'est récupéré cette année à 1,07 dollar en moyenne. Et le café colombien se négocie à environ 50 cents au dessus des autres, en raison de sa qualité.

Il n'empêche que le prix actuel est inférieur à celui de 1983 (1,40 dollar), rappelle Fernando Morales-De La Cruz, de l'organisation Café for Change, qui lutte pour des tarifs plus favorables aux caféiculteurs.

Une livre de café vert permet de préparer 55 tasses, mais «les producteurs perçoivent moins de 1% de ce que vaut une tasse en Europe», dénonce-t-il.

Exportations en quarantaine

Selon l'Organisation internationale du café (OIC), la consommation mondiale hors du foyer diminue du fait de la fermeture des bureaux, des bars et des restaurants à cause du virus.

Et bien que les ventes dans les supermarchés aient augmenté au début de la pandémie, il est peu probable que cela compense, estime l'OIC.

En outre, «il y a eu des problèmes de logistique (...) entre les producteurs, les centres d'achats et les embarquements, et des retards des navires», ajoute le directeur de la FNC.

En avril, la fédération a fait état d'une baisse de 28% de la production et de 32% des exportations.

M. Vélez se raccroche à l'espoir qu'»un grand volume de café sorte en mai, juin et juillet» et qu'à la fin de l'année, la Colombie ne soit pas trop en dessous de son record de 2019 à 14,8 millions de sacs.

Mais José Ruiz, administrateur de la plantation Villa Tatiana, s'est déjà résigné: «Nous devons apprendre à coexister avec ce que nous sommes en train de vivre (...) Nous ne pouvons ignorer la réalité».

(AFP/NXP)