La presse locale, au nom du bien public mais en toute indépendance
Le monde politique, et c'est évidemment aussi son rôle, s'intéresse à la crise de la presse écrite, pilier de notre démocratie. Dans cette période de turbulences, de licenciements, de restructurations, il y a la non-réponse absolue.
Qui arrive de Berne en l'occurrence. C'est la loi sur les médias que Doris Leuthard vient de mettre en consultation et qui oublie carrément un secteur entier, le nôtre. Imaginant ou laissant imaginer que l'on ne peut faire de l'information électronique ou numérique que sous forme vidéo ou audio. Erreur aussi grotesque qu'énorme avec un paquet qu'il faudra que tous les milieux concernés renvoient à l'expéditrice avec mention «Peut et doit beaucoup mieux faire».
Le Canton de Vaud se soucie aussi de la question. Lors de la traditionnelle rencontre informelle entre le Conseil d'État et la presse il y a quinze jours, il en a d'ailleurs largement été question. L'équation est finalement assez simple. Comment l'État peut-il ou doit-il soutenir ce secteur privé tout en lui laissant son rôle de contre-pouvoir et l'indépendance qui va avec? Il y a cinq ans déjà, le Parti socialiste suisse avait avancé l'idée d'aides directes soumises à une certification de «qualité» que des commissions étatiques attribueraient sur des critères «objectifs». Mais qui les définirait et comment? Là non plus ce n'est évidemment pas la solution.
«Comment l'État peut-il ou doit-il soutenir ce secteur privé tout en lui laissant son rôle de contre-pouvoir et l'indépendance qui va avec?»
Ce débat sur l'inter-vention des pouvoirs publics divise d'ailleurs les éditeurs privés. Entre ceux qui prônent une aide directe et les autres qui s'y refusent. Tamedia, propriétaire notamment de «24 heures», fait partie des seconds. «La Côte», de son côté, vient d'obtenir du Conseil communal de Nyon une forme de subvention automatique de 100'000 francs annuels via une page de «publi-reportages» de la Ville.
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Son éditeur français avait pourtant fait, avec succès, du lobbying intensif auprès des autorités morgiennes pour que son concurrent du «Journal de Morges» n'obtienne pas ce genre de financement, alors qu'il le demandait aussi. Quant à «La Région Nord vaudois», la Ville d'Yverdon y publie l'intégralité de ses annonces officielles. Dans ce débat, il faut pourtant rappeler que, si les titres de Nyon et d'Yverdon sont effectivement des journaux locaux indispensables à leur communauté, ils sont totalement ou partiellement aux mains d'un autre grand éditeur privé international, Hersant, numéro deux sur le marché suisse romand. Et qu'il n'y a donc ici rien d'autre qu'une distorsion de la concurrence.
Alors comment aider les médias privés qui produisent évidemment eux aussi des contenus de «service public» qui ne visent pas forcément une large audience tout en étant les marqueurs d'une identité commune? C'est indéniablement ici que Canton et Villes ont une marge de manœuvre. Par exemple, en ne réduisant pas massivement année après année, comme cela se fait actuellement, leurs volumes d'annonces dans ces publications. La faillite de Publicitas, qui commercialisait «La Feuille des avis officiels», offre dans ce domaine de nouvelles perspectives. Pourquoi ne pas redistribuer ce contenu dans les médias existants. Rappelons au passage que notre ancêtre, «La Feuille d'avis de Lausanne», servait aussi à ça. L'autre piste est de considérer qu'une information locale fait partie de l'instruction civique et de l'intégration des nouveaux citoyens. Et qu'à ce titre on pourrait abonner à des journaux encore plus généreusement cafétérias, salles d'attente, administrations, hôpitaux, écoles, gymnases, universités, postes de police et autres prisons.
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