Passer au contenu principal

L’invitéLa prise d’otages publicitaire de notre territoire par les TL

Philippe Somsky regrette qu’une société parapublique de transports en commun fasse la promotion d'une compagnie aérienne.

Aujourd’hui, du lever au coucher, la publicité s’affiche partout dans notre vie, et ce dans une indifférence qui confine, au pire à un état de fait, au mieux à une silencieuse résignation. Cela ne pourrait-il pas changer?

Il y a quelques années, la Commune du Mont-sur-Lausanne a choisi d’interdire l’affichage publicitaire commercial sur son espace public. Or, drôle de surprise, c’est une institution parapublique, les TL, qui nous empêche d’atteindre pleinement ce but, puisque – ironie du sort – des bus en partie financés par notre budget communal et complètement emballés de publicité pour Easyjet traversent à présent notre territoire…

«À quand les bus vantant les SUV et l’accès facile aux parkings souterrains du centre-ville?»

Quelle est la limite des incohérences des TL ou de son conseil d’administration? À quand les bus vantant les SUV et l’accès facile aux parkings souterrains du centre-ville? À quand des trains CFF aux couleurs d’Easyjet? Autant proposer à la Suva de faire de la pub pour le ski hors piste!

De fait, il faut rappeler ici que la majorité des citoyennes et citoyens suisses sont en grève civique et s’abstiennent lors des votations et élections. Parmi les motifs induisant cet abstentionnisme: les incohérences de nos autorités politiques et des responsables économiques avec leur «Faites ce que je dis, pas ce que je fais». Il est impératif de tendre à limiter ces incohérences pour être crédibles aux yeux de la population.

À l’heure où l’on doit réduire et repenser notre consommation à l’aune des contraintes environnementales et des exigences sociales, une institution parapublique nous encourage à une consommation illimitée et problématique. À l’heure où nous devons soutenir nos petites entreprises et nos indépendant·e·s, une institution parapublique vend la surface de ses bus (et métros) à de grands groupes qu’elle favorise ainsi dans une concurrence déjà faussée.

Un espace public à défendre

La Commune du Mont-sur-Lausanne fait simplement, pour son espace public, comme les personnes qui apposent un astérisque dans l’annuaire ou un autocollant «Sans pub» sur leur boîte aux lettres. Nous souhaitons ainsi limiter la pollution des imaginaires et les comportements conformistes qu’aimeraient nous imposer les grandes enseignes commerciales. En effet, il est plus que jamais nécessaire de défendre un espace public comme lieu de création du lien social, de rencontres des singularités mais aussi propice à la rêverie libre de tout formatage. Nos villes ne doivent pas être de simples centres commerciaux à ciel ouvert!

À l’heure où l’on sait mieux identifier les logos de marques commerciales que les espèces végétales qui nous entourent, je demande au conseil d’administration des TL de délibérer sur le problème posé dans cette tribune et de répondre à la question: est-ce cet usage du monde que nous souhaitons léguer à nos enfants?

5 commentaires
    Frederic

    Effectivement, la publicité nous rappelle quotidiennement que l’espace public est devenu un territoire commercial. Exit les zones rouges, les zone bleues et les Tl de mon enfance; notre environnement nous rappelle au bon souvenir de ses propriétaires et de leur évangile prosélyte. Un monde du progrès où la liberté d’entreprendre envahit les lieux communs, prêchant son catéchisme en format mondial dans une poésie d’épicerie.

    La publicité a tant colonisé les canaux de communication que l’on se demande si ils n’ont pas été inventés pour la servir. Public, privé, les frontières s’évaporent, on vit à l’époque du partenariat win-win. Un univers de gagnants gagnés par la gagne et corollaire, une foule de perdus, perdants dévorés par la vacuité de l’ambition de leur vainqueurs.

    La publicité est une forme de pollution, s’invitant dans les espaces communs que sont le langage et l’environnement pour y déverser son dialecte instrumentalisé. Elle préfigure nos accumulations futures et finira comme elles, espérons-le, dans nos décharges et dans les poubelles de l’histoire.