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AboPression du lobby agricole
La protection de la biodiversité risque de capoter à Berne

Le contre-projet à l’initiative sur la biodiversité s’enlise au parlement.
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La pression monte pour mieux protéger la biodiversité. Plus de 40’000 personnes ont signé un appel lancé par plusieurs ONG qui sera remis lundi au Conseil des États. Elles demandent aux sénateurs d’entrer en matière sur le contre-projet indirect à l’initiative sur la biodiversité.

Pourquoi une telle effervescence? Plus de 30% des espèces animales et végétales sont menacées de disparition ou déjà éteintes, selon l’Office fédéral de l’environnement. Pour les signataires, il est urgent d’agir. D’autant plus que le projet s’enlise dans les arcanes du parlement.

L’initiative, qui exige davantage de surfaces et de moyens pour la protection de la nature, a été rejetée par le Conseil fédéral. Ce dernier a fait une contre-proposition en mars 2022. Il entend protéger 17% du territoire. Le National lui a donné son feu vert après quelques modifications. Il a notamment biffé tout objectif chiffré pour se concentrer sur la qualité des aires de protection. Les initiants pourraient se rallier à cette mouture.

Conflits d’intérêts insolubles

Le problème, c’est que la commission sénatoriale s’y oppose. Le lobby agricole semble y avoir reçu une oreille bien plus attentive. Dans son résumé des débats, la commission dit s’inquiéter des conflits d’intérêts d’utilisation. Traduction: les exploitants de barrages et les agriculteurs n’entendent pas faire de nouvelles concessions au nom de la protection de la nature.

«Les agriculteurs ont déjà fait leur part du travail. Il faut arrêter de nous mettre la pression.»

Pierre-André Page, conseiller national (UDC/FR)

Le match agriculture vs biodiversité, qui s’est soldé par la victoire de la deuxième au National, se reproduira-t-il au Conseil des États? Ça en a tout l’air. Mais, cette fois-ci, probablement avec un nouveau gagnant. Voici les arguments des deux camps.

Pour Pierre-André Page (UDC/FR), c’est toujours les mêmes qui doivent fournir des efforts. «Les agriculteurs ont déjà diminué les pesticides et augmenté les surfaces de compensation écologique. Mais la gauche revient à chaque fois à la charge et nous maintient la tête sous l’eau. Il faut arrêter de nous mettre la pression», argumente-t-il.

Pierre-André Page, conseiller national (UDC/FR).

Le conseiller national a voté non aussi bien à l’initiative qu’au contre-projet. Pas besoin, à ses yeux, de prendre des mesures supplémentaires. «Nous avons déjà fait le travail. Et ça marche. Des oiseaux, comme les milans royaux, sont revenus en nombre.»

Une crise «massive»

Et l’ex-agriculteur de préciser que les herbicides et les insecticides ne sont utilisés qu’en début de croissance. Quand les plants de colza font seulement 10 cm de hauteur, par exemple. «À la moisson, il ne reste pas de résidus.» Les exigences suisses sont bien plus élevées que dans les autres pays, d’où on importe des produits. «Mais les plantes, c’est comme les animaux et les êtres humains. Quand elles tombent malades, il faut leur donner des médicaments.»

«Il faut cesser de voir les agriculteurs comme un problème et plutôt les considérer comme faisant partie de la solution.»

Adèle Thorens Goumaz, conseillère aux États (Les Verts/VD)

Pour Adèle Thorens Goumaz (Les Verts/VD), ne rien faire n’est pas une option. «On ne peut pas décemment dire qu’il n’y a pas de nécessité d’agir. La crise de la biodiversité est massive. Elle est scientifiquement indiscutable.»
Des solutions à l’agriculture intensive favorables à la biodiversité doivent être encouragées, comme l’agroécologie, l’agroforesterie ou la permaculture. Et la sénatrice de balayer d’entrée de jeu les craintes d’une baisse de production. «Un tiers de l’alimentation est jeté aujourd’hui. En évitant ce gaspillage, on compenserait facilement la diminution.»

Adèle Thorens Goumaz, conseillère aux États (Les Verts/VD).

La Vaudoise ne rejette pas pour autant la faute sur les agriculteurs. «Ils sont souvent stigmatisés. Il faut cesser de les voir comme un problème et plutôt les considérer comme faisant partie de la solution. Il n’y a pas de conflits irréconciliables. On peut tout à fait protéger la biodiversité sans porter atteinte à la sécurité alimentaire ou énergétique.»

Le peuple tranchera

Et de souligner qu’il faut l’encourager partout. «Il faut sortir de l’idée d’une biodiversité mise sous cloche. La biodiversité a aussi sa place en ville, tout comme l’agriculture.» Produire en ville, la solution séduit-elle à droite? «Les communes et les villes peuvent bien le faire, elles ont leurs compétences et ce n’est pas toujours à la Confédération de leur donner leurs missions», juge Pierre-André Page.

Le duel est mal parti pour la biodiversité. Certains craignent également qu’avec le changement à la tête du Département de l’environnement – Albert Rösti, ancien lobbyiste du pétrole UDC, a remplacé Simonetta Sommaruga, socialiste pro-énergies renouvelables –, la balance penche en faveur du statu quo.

Une crainte que ne partage pas Adèle Thorens Goumaz. «En commission, il a bien fait son travail, en plaidant pour le contre-projet.» Que l’initiative soit présentée avec ou sans, au final, c’est le peuple qui aura le dernier mot.

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