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ÉditorialLa prudence sacrifiée sur l’autel du ski

L’assurance avec laquelle les cantons alpins disent pouvoir ouvrir leurs domaines skiables à Noël, à un mois de l’échéance, n’est pas compréhensible.

On dirait des canons à neige qui tournent en plein été indien. Comme eux, ils jettent en l’air ces promesses un brin irresponsables que l’hiver sera génial avant même les premiers flocons. Les canons se joueraient de la météo et les représentants des cantons alpins de la pandémie. À les entendre, Christophe Darbellay en tête, on «mangera et on skiera» dans les stations cet hiver. A Berne, on partage l’objectif des cantons tout en les gardant à l’oeil. Catégorique et sans nuance, le ministre valaisan préfère le schuss au slalom et répète son mantra à l’envi. Les mesures sanitaires prises par les cantons sont suffisantes et tiendront le virus loin des cabines bondées et des tables d’après-ski. Bref, tout ira bien tandis que la France, l’Allemagne et l’Italie ont pris la décision d’attendre janvier.

Alors que le Valais s’est plaint à la mi-octobre de «n’avoir pas vu venir la deuxième vague», qu’il détient aujourd’hui un des pires taux d’incidence de décès en Europe et que certaines de ses stations – Verbier en tête – ont hébergé des clusters au printemps, cette profession de foi paraît irrationnelle. Une répétition curieuse de ce matin du 13 mars, où le ministre vantait la météo du week-end pour skier en Valais.

Pourquoi ne pas simplement suspendre cette décision à l’évolution de la situation sanitaire? On peut parier que, même avec une ouverture à la dernière minute, de nombreux Suisses répondraient présent. Si, comme le suggère «Le Nouvelliste», cette attitude vise à forcer Berne à prendre les décisions qui fâchent, ce n’est ni courageux ni responsable. Et à l’inverse, si cet appel d’air à tous les skieurs du continent se traduit par une troisième vague, il restera à payer l’addition d’un hiver ruiné quand nos voisins, eux, ouvriront leurs pistes.

19 commentaires
    aliénor hakitaine

    Tout à fait d'accord. On n'aime pas cette Suisse opportuniste. Mais nos voisins européens peuvent très bien débrancher la prise en décrétant que les déplacements en Suisse sont sous quarantaine obligatoire. Cela bloquera le tourisme du ski, empêchera la concurrence déloyale et préviendra une nouvelle flambée de cas - la Suisse étant l'un des pays les plus touchés par la pandémie.