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L’invitéLa raison contre Dieu?

Jean-René Moret estime que les athées n’ont pas le monopole de la rationalité.

Une opinion couramment répandue présuppose que ce qui concerne Dieu serait du domaine exclusif de la foi et que la raison n’aurait pas son mot à dire dans le domaine. Que, certes, chacun serait libre de ses positionnements de foi, mais que cela devrait en tout cas rester hors du débat public, voué au règne de la raison, seule à même de permettre un échange civilisé entre les humains.

Faut-il cependant admettre une telle opposition entre foi et raison? Combien de grands penseurs, chrétiens ou croyants, seraient restés perplexes face à une telle dichotomie?

«Il n’y a rien que de très rationnel à voir un être rationnel derrière le monde où nous vivons»

La science même reste face à un mystère quant à l’origine du monde, au fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien. De plus, la rationalité scientifique repose sur la présence de lois naturelles stables, rationnelles et intelligibles pour l’être humain. Sans un Dieu créateur, il faut expliquer qu’un cerveau sélectionné pour son aptitude à chasser le mammouth soit capable de traiter avec succès les mathématiques les plus abstraites ou la physique quantique. Face à cela, il n’y a rien que de très rationnel à voir un être rationnel derrière le monde où nous vivons.

Et s’il existe un être tout-puissant, à l’origine du monde matériel, de ses lois et en définitive de l’humanité, quelle irrationalité à penser que cet être dépasse nos capacités d’études et de compréhension? À admettre qu’il puisse agir par-delà les lois qu’il a lui-même établies, donc effectuer des miracles? À envisager qu’il soit intéressé à ce que les êtres pensants que nous sommes aient une relation avec lui? À reconnaître qu’une telle relation demande une initiative de sa part, et ne puisse reposer uniquement sur la recherche humaine?

Effectivement, la foi chrétienne, tout comme d’autres, repose sur une révélation de Dieu qui se fait connaître, au plus haut de degré en venant en la personne de Jésus-Christ. Reste alors à accorder ou non du crédit à sa révélation, à vouloir ou non entrer en relation avec ce Dieu.

Des dimensions personnelles

La décision en la matière va impliquer chaque personne dans son entièreté et sa complexité, et il est vrai que le débat rationnel n’impose pas une réponse inévitable. La dimension personnelle ne sera jamais éliminée, et à ce sens on peut parler de foi. La rationalité est effectivement dépassée par l’ampleur du sujet, mais n’est pas écartée ni annihilée.

Chrétiens et tenants d’autres religions ou positions philosophiques ont chacun des raisons de penser et croire ce qu’ils pensent et croient. La recherche de la vérité bénéficie de ce que chacun puisse présenter ses raisons et leurs conséquences, publiquement et posément, et les voir réfutées ou admises. La qualité du débat ne gagne rien à ce que soit imposé un athéisme de facto au nom de la neutralité ou d’une rationalité dont, croyons-le ou non, les athées n’ont pas le monopole.

6 commentaires
    Jacques Gaillard

    Euh, je vois à peu près d'où vous venez: Andrew Dickson-White (1832 – 1918): History of the Warfare of Science with Theology in Christendom. Ou avant, le débat entre science et croyance est assez ancien.

    Mais je vois mal où vous allez, et j'aurais préféré que vous restiez dans la physique. Vous pourriez ainsi apprécier la remarque d'un paroissien à son pasteur, il y a 50 ans: «Monsieur le pasteur, vous savez la différence entre vous et un trolleybus?» Euh, non, répondit le pasteur.

    «Eh bien, le trolleybus, quand il perd le fil, il s'arrête»