AboAvenir des retraites en SuisseLa réforme du 2e pilier risque de couler devant le peuple
La gauche va lancer un référendum. À droite, l’unité est moins forte qu’il n’y paraît. Explications d’un accouchement très difficile.

Après avoir réformé son premier pilier AVS et aligné l’âge de la retraite des femmes avec celle des hommes à 65 ans, la Suisse va-t-elle réussir à toiletter son 2e pilier (LPP) sur la prévoyance professionnelle? C’est ce qu’on pourrait penser à première vue. Le Conseil national et le Conseil des États ont largement accepté ce vendredi la réforme qui prévoit une baisse du taux de conversion des rentes avec des compensations. Mais elle pourrait couler devant le peuple.
«J’ai des cernes noirs sous les yeux mais je suis soulagée et reconnaissante», a réagi cette semaine la conseillère nationale Vert’libérale Melanie Mettler. Il faut dire que l’accouchement de cette réforme a été particulièrement compliqué. Cela a commencé par un projet de compromis entre les syndicats d’employés et une partie des syndicats patronaux. Un projet adopté par le Conseil fédéral mais balayé par la droite du parlement pour des raisons de coûts.

Il s’est ensuivi un marathon législatif avec des navettes incessantes entre les deux Chambres pour définir au franc près comment compenser la baisse du taux de conversion, comment intégrer plus de travailleurs et notamment les femmes, et définir à partir de quand on cotise et sur quel montant salarial. Les tableaux de chiffres ont valsé et les cernes des élus se sont agrandis.
Puis la lumière, le bout du tunnel. Jeudi, une conférence ultime de conciliation entre les deux Chambres a avalisé la version finale. La réforme est votée, mais elle sera attaquée immédiatement par la gauche qui va lancer un référendum ces prochains jours. Elle n’aura aucun mal à réunir les 50’000 signatures nécessaires.
Le camp bourgeois (UDC, PLR, Le Centre, Vert’lib), qui a fait perdre au PS son aura d’invincibilité sur les questions sociales en l’emportant sur la réforme de l’AVS, pourrait se dire qu’il peut rééditer l’exploit. Avec EconomieSuisse et l’Union patronale, il met d’ailleurs en avant que le projet est «favorable aux jeunes, aux femmes, aux travailleurs à temps partiel et à la classe moyenne». Que du bonheur.
Fausses notes
Le problème? Il y a beaucoup de fausses notes à droite et au centre. D’abord, on trouve des patrons connus opposés à la réforme. Comme par exemple la conseillère nationale UDC et cheffe d’EMS-Chemie Magdalena Martullo-Blocher, qui a voté non au National. Côté romand aussi, le Centre patronal dézingue le compromis trouvé. Pour lui, le projet est carrément «mort-né» et les Chambres auraient mieux fait de l’enterrer.

«La réforme n’atteint pas les buts recherchés, malgré son coût élevé, juge ainsi Brenda Duruz-McEvoy, responsable de la politique sociale au Centre patronal. La redistribution augmente et l’extension du cercle des assurés engendrera des salaires nets plus faibles, des surcoûts pour l’économie et un effort administratif disproportionné par rapport aux prestations.»
L’Union suisse des arts et métiers (USAM), qui avait torpillé la première mouture du projet, n’a pas encore pris position, mais certains de ses membres sont hostiles au compromis trouvé. Il en va de même de GastroSuisse, qui déplore que «la réforme entraîne des coûts supplémentaires massifs pour les employeurs et les employés de l’hôtellerie-restauration».

Comme si cela ne suffisait pas, le monde agricole n’est pas emballé non plus. Le président de l’Union suisse des paysans, l’influent conseiller national centriste Markus Ritter, s’est opposé au texte final vendredi. Un mauvais présage. D’autant que l’Association suisse des institutions de prévoyance affirme de son côté que «le projet présente plus d’inconvénients que d’avantages pour la prévoyance professionnelle».
Les piques de la gauche
Cela fait beaucoup. D’autant plus que la gauche multiplie les «punch lines» sur le sujet, comme on l’a vu encore ce vendredi au parlement. La coprésidente du Parti socialiste, Mattea Meyer, a sorti sa calculette: «Si vous construisez un projet dans lequel une infirmière à temps partiel de 50 ans avec un revenu mensuel brut de 4500 francs devra à l’avenir payer 147 francs de cotisations salariales supplémentaires par mois pour obtenir 8 francs de rente en moins, alors vous n’avez pas fait votre travail.»
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L’heure de vérité sonnera en mars 2024, date probable de la votation populaire. On pourrait même avoir un dimanche «spécial rentes» si le Conseil fédéral met aussi à l’agenda les deux initiatives populaires sur l’AVS. La première, issue de la gauche, demande une 13e rente AVS. La seconde, défendue à droite, veut la retraite à 66 ans. Les deux textes, qui n’ont aucune chance au parlement, semblent aussi bien partis pour couler devant le peuple.
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