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La rédactionLa RTS, la langue épicène et la France qui ricane…

La volonté de la RTS de promouvoir le langage épicène fait sourire en France. Mais est-ce le rôle d’un service public d’imposer une idéologie?

La nouvelle a franchi la frontière sans masque ni test PCR la semaine dernière, et elle n’est pas passée inaperçue: la RTS faisait officiellement savoir qu’elle entend désormais promouvoir «le langage inclusif et épicène sur ses antennes et vecteurs de communication». Comme cela est bien dit. En France, cette annonce lui a valu quelques commentaires fleuris.

Sur CNews, le très réactionnaire Pascal Praud a suffoqué d’indignation, dénonçant un nouveau diktat de la bien-pensance féministe et «intersectionniste». Sur RTL, le chroniqueur Cyprien Cini, plus prudent et circonspect, s’est gardé de juger sur le fond et contenté de ricanements: si dire «Bonjour à tous» est une marque de masculinisation de la langue à extirper sans faiblesse, alors tous les journalistes de RTL, sexes et genres confondus, sont en faute, a-t-il constaté…

Car c’est de cela qu’il s’agit. Désormais, sur les antennes de la RTS (ou vecteurs, ne chipotons pas), vous ne devriez plus entendre: «Bonjour à tous», mais: «Bonjour à toutes et à tous». Ou mieux encore: «Bonjour et bienvenue». Dans une petite vidéo que la RTS a diffusée sur Twitter, une consultante en égalité dans les médias explique que cette formulation est «encore plus inclusive», car elle «s’adresse à tout le monde, et aussi aux personnes qui ne se reconnaîtraient pas dans l’identité de femme ou d’homme».

«Quand j’ai vu cette vidéo, je me suis demandé quels auraient été mes sentiments si j’avais encore travaillé à la RTS…»

Le reste est à l’avenant: on se gardera de poser des questions sur sa vie privée à une cheffe d’entreprise, car cela suggère que sa place naturelle est à la maison. On ne dira plus: les Genevois ont voté, mais Genève a voté. On ne dira plus: les infirmières sont en grève, mais les infirmières et infirmiers sont en grève. La vidéo suggère même d’un ton enthousiaste que les journalistes fassent preuve d’imagination et disent par exemple: les blouses blanches sont en grève. Quelle créativité!

Je dois confesser que quand j’ai vu cette vidéo, je me suis demandé quels auraient été mes sentiments si j’avais encore travaillé à la RTS…

Un choix politique

Le problème n’est pas celui des intentions: féminiser titres et professions, rendre compte de la présence des femmes à égalité de celle des hommes est une nécessité et une préoccupation que je partage. Mais le langage épicène veut plus: il est un outil de transformation sociale, il porte un combat et procède d’une idéologie particulière du féminisme. Bref, c’est un choix politique. On peut défendre l’égalité femmes-hommes sans y adhérer.

Choisir le langage épicène n’a rien de condamnable et je trouve légitime que des journalistes l’utilisent. Mais l’imposer à ses collègues, pire encore, que la direction d’un service public l’impose à ses collaborateurs, c’est autre chose. Quelle que soit la manière souriante dont elle s’y prend. Personnellement cela m’aurait choqué et plongé dans le malaise. Je ne serais pas étonné que plusieurs de mes ancien·ne·s collègues le soient également

49 commentaires
    £

    Il faudrait rappeler à la RTS qu'elle incarne le service public. Les auditeurs de ce média ne sont pas tous des gauchistes progressistes. En conséquence, il serait hautement souhaitable que la RTS reste un média d'information neutre qui se contente de relater des faits et laisse la réflexion à la personne. Je n'ai personnellement pas besoin de prêt à penser ni de me faire ré-éduquer par quelques journaleux qui, parce qu'il parlent dans un micro ou montrent leurs bobines, se croient des initiés inspirés en charge de faire comprendre à la masse les bienfaits du monde qui vient.