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Exotisme en Suisse (28/41)La savane où les perroquets parlent le «Züri-Dütsch»

Inaugurée à huis clos en plein semi-confinement, la nouvelle installation du Zoo de Zurich est enfin ouverte au public. L’illusion est presque totale.

La nouvelle infrastructure comprend dix sortes de mammifères (rhinocéros blancs, girafes, zèbres…), des oiseaux (perroquets, autruches…) et des reptiles (lézards géants, tortues…).
La nouvelle infrastructure comprend dix sortes de mammifères (rhinocéros blancs, girafes, zèbres…), des oiseaux (perroquets, autruches…) et des reptiles (lézards géants, tortues…).
Herve Le Cunff

Des rhinocéros, dont le dernier-né montre enfin le bout de son museau, déambulent nonchalamment sous le soleil qui commence à cogner. Plus loin, trois girafes se régalent de feuilles qu’elles seules peuvent atteindre, sous le regard de quelques antilopes impassibles. À l’abri sous un pont, des zèbres un peu endormis bougent à peine. Juste assez pour se maintenir à l’ombre. Beaucoup plus excités, des suricates courent dans tous les sens. Et en arrière-fond, les conversations endiablées de perroquets jaco – les célèbres Gris du Gabon – et les baobabs géants qui culminent à 20 mètres de haut achèvent de nous emmener ailleurs. Loin. Difficile de faire plus exotique.

La scène qu’on dirait tout droit sortie d’un safari se déroule pourtant sous nos latitudes: à Zurich. Un an après la présentation de son improbable ferme en plein centre-ville, l’occasion d’y retourner, cette fois pour évoquer l’exotisme au coin de la rue en temps de crise sanitaire, était trop belle.

La savane Lewa représente un quart de la surface totale du Zoo de Zurich.
La savane Lewa représente un quart de la surface totale du Zoo de Zurich.
Hervé Le Cunff

Unique en Suisse

Cette année, c’est au célèbre zoo des hauts de la ville que nous vous emmenons. Cap sur sa nouvelle installation: la savane «Lewa». Un projet monstre à 56 millions, qui s’étire sur 5,6 hectares. Inauguré en catimini en avril en plein semi-confinement, le nouvel espace, unique en Suisse, est enfin ouvert au public.

À l’entrée du zoo, en ce matin de début juillet, la file d’attente s’étend sur des dizaines de mètres dès l’ouverture. Après des mois de fermeture imposée par le Covid-19, l’endroit reprend vie petit à petit, mesures sanitaires et comptage électronique des visiteurs en plus. Les gorilles, qui s’ennuyaient du spectacle que constituent les visiteurs béats, n’en demandaient pas tant. Severin Dresser, directeur du zoo depuis quelques jours à peine, retrouve le sourire. Entre l’attaque mortelle d’une gardienne par un tigre début juillet et la fermeture du zoo qui a coûté 1 million par semaine à l’institution, ses premiers jours ont été difficiles.

Réalisme bluffant

Sans surprise, les milliers de visiteurs quotidiens sont là pour la nouvelle installation. C’est le hit de l’été. Avec le directeur des lieux comme guide de luxe, nous allons vite comprendre pourquoi. «Le but de l’espace Lewa est de proposer une véritable immersion, nous voulons que le visiteur pense qu’il est en Afrique», glisse Severin Dresser tandis qu’on le suit sur le sentier qui descend au fond de gorges artificielles.

«C’est aussi une culture, avec ses richesses et ses projets, que nous soutenons et que nous avons envie de faire découvrir»

Severin Dresser, directeur du Zoo de Zurich

Aussi immense que réaliste, l’ensemble dont on ne voit pas la fin est de très bonne facture. Il faudra d’ailleurs souvent se raccrocher à la pensée qu’on est dans un décor géant tant l’illusion frôle la perfection. Le babillage des perroquets jaco y contribue. Durant le confinement, ils reproduisaient le son des sonneries des téléphones portables des employés. Depuis la réouverture, ils se sont remis au «Züri-Dütsch». Les visiteurs, qui s’attardent dans la volière les yeux en l’air, adorent.

Mais le plus impressionnant reste à venir. Encore quelques pas et l’on se retrouve dans la «maison» des girafes, qui font leur grand retour dans le parc animalier après soixante-cinq ans d’absence. Des centaines de visiteurs arpentent les différents étages de la structure aux parois translucides à la recherche des longs cous de Luna, de Malou, d’Irma et de Jahi. Peine perdue.

Attraction phare des lieux, les quatre girafes du parc n’ont pas mis longtemps à trouver leurs marques.
Attraction phare des lieux, les quatre girafes du parc n’ont pas mis longtemps à trouver leurs marques.
Hervé Le Cunff

Drôles de baobabs

À peine le temps d’afficher une légère déception (on rêvait du face-à-face avec une girafe que permet la configuration des lieux) qu’on en prend de nouveau plein la vue. À l’extérieur, l’immense espace vert que surplombe la promenade permet d’embrasser la savane d’un coup d’œil. Les girafes, les rhinocéros blancs, les antilopes et les autruches: les pensionnaires les plus emblématiques sont là, sous le regard des visiteurs ravis qui ne décollent pas des balustrades. Les enfants n’ont d’yeux que pour les suricates et leurs courses-poursuites joueuses.

«Ushindi» (à gauche) est née le 8 mai dernier, en plein confinement. Un heureux événement qui constitue la première naissance d’un rhinocéros blanc à Zurich.
«Ushindi» (à gauche) est née le 8 mai dernier, en plein confinement. Un heureux événement qui constitue la première naissance d’un rhinocéros blanc à Zurich.
Hervé Le Cunff

Mais la ronde des animaux autour des impressionnants baobabs intrigue. «Comme les imposants rochers qui entourent le tout, ce sont des faux», reconnaît le directeur en souriant. De béton et d’acier mais magnifiquement peints, les baobabs sont en réalité des distributeurs de nourriture contrôlables à distance. Bluffant!

Plus qu’une attraction

Parqué près d’énormes rochers dont on jurerait qu’ils sont vrais, un bus participe à l’ambiance de voyage qui se dégage de la savane Lewa.
Parqué près d’énormes rochers dont on jurerait qu’ils sont vrais, un bus participe à l’ambiance de voyage qui se dégage de la savane Lewa.
Hervé Le Cunff

Sous les battements d’ailes des cigognes, la balade se poursuit jusqu’à la fidèle reproduction d’une place de village africain. C’est là, dans une salle de classe hyperréaliste, que le directeur explique que le zoo a voulu plus qu’une ménagerie et qu’une attraction pour citadins en mal d’exotisme. Le projet «Lewa», dont le nom renvoie à une réserve naturelle kenyane partenaire du zoo, a pour but le maintien d’espèces menacées. «Mais c’est aussi une culture, avec ses richesses et ses projets, que nous soutenons et que nous avons envie de faire découvrir. Mieux connaître les populations locales aide à comprendre les défis socio-économiques auxquels elles font face.»

À un pas soutenu, la visite a duré deux heures. Mais que ceux qui rêvent de faire durer le plaisir se rassurent, le zoo a tout prévu. Plusieurs tentes au confort spartiate mais tout à fait dans l’esprit du lieu offrent la possibilité de passer la nuit sur place. Si on avait su…

La reproduction d’une place de village africain est particulièrement réussie.
La reproduction d’une place de village africain est particulièrement réussie.
Hervé Le Cunff