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La rédactionLa Suisse doit quitter la liste noire du tabagisme

Le projet de loi destiné à réduire l’attractivité de la cigarette auprès des jeunes traîne depuis trop longtemps au parlement.

Vingt-six morts par jour en moyenne. C’est un tribut certes moins lourd que celui du coronavirus au plus fort de la deuxième vague. Mais avec 9500 victimes chaque année en Suisse, le tabagisme affiche un bilan tout aussi effrayant. Près d’un décès sur sept est lié au tabac dans notre pays. L’espérance de vie moyenne d’un fumeur régulier est inférieure de 14 ans à celle d’un non-fumeur, assène l’Office fédéral de la santé publique. Les coûts sociaux annuels sélèvent à 3,9 milliards de francs, entre traitements médicaux et incapacités de travail.

Hélas, contre ce fléau-là, la Suisse se distingue par son incapacité à agir. Le Conseil fédéral a bien signé en 2004 la convention cadre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la lutte antitabac. Mais sa mise en œuvre se fait attendre. Seul État européen à ne pas avoir ratifié ce texte, la Suisse côtoie une poignée de réfractaires dans le monde: les États-Unis, Cuba, Haïti, l’Argentine et le Maroc.

«Concilier liberté économique et impératifs de santé publique: c’est depuis longtemps un débat ardu dans notre pays. Les objectifs de prévention en sortent rarement vainqueurs.»

Ce qui coince? Nous n’avons toujours pas de loi spécifique encadrant le juteux business du tabac. Au parlement, qui se déchire depuis 2015 à ce sujet, les discussions butent en particulier sur les dispositions visant à restreindre la publicité et le parrainage. Les experts des addictions affirment que c’est l’un des moyens les plus efficaces de réduire lattractivité de la cigarette et de sa version électronique auprès des jeunes. Or le Conseil national s’y est encore refusé le mois dernier: pas question d’étendre l’interdiction actuelle (touchant la radio et la télévision) aux journaux et aux sites internet accessibles aux mineurs. Le projet repart pour un tour au Conseil des États…

Concilier liberté économique et impératifs de santé publique: c’est depuis longtemps un débat ardu dans notre pays. Les objectifs de prévention en sortent rarement vainqueurs. Mais en l’espèce, la réalité des chiffres devrait faire réfléchir nos élus. La majorité du National s’inquiète notamment des pertes de recettes publicitaires que subiraient les médias en cas de limitation stricte. Or l’impact serait en réalité très faible pour les éditeurs. Les géants du tabac contribuent à une infime partie de la publicité diffusée en Suisse (0,14%), selon les chiffres officiels de l’institut Mediafocus. Le volume des annonces et autres affiches qu’ils ont payées l’an dernier ont même baissé de moitié par rapport à 2019.

Par conséquent, franchir le pas ne conduirait pas à des sacrifices énormes. Si l’on en croit un sondage réalisé l’automne dernier par la Ligue pulmonaire suisse, la population serait prête à aller bien plus loin, en soutenant une initiative populaire qui exige une interdiction totale de la promotion des produits du tabac. Dans les médias, mais aussi dans tout l’espace public et dans les festivals. Il paraît donc urgent que le parlement adopte une loi digne de ce nom. Et que la Suisse, pays hôte de l’OMS, quitte enfin sa liste noire.

16 commentaires
    Voila

    On n'en peut plus de "bonisme" de presse que va toujours dans le sense du poil a la mode y de populisme manipulateur......