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AboEuro 2024, 8e de finale
La Suisse est entrée dans la cour des grands

Vargas vient d’inscrire le 2-0. La Suisse jubile, l’Italie est à terre. C’est un deuxième quart de finale de suite dans un Euro qui attend la sélection helvétique!
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Dans le colossal Olympiastadion de Berlin, le moment est infiniment grand, presque autant que ce stade lourd et historique. Il fallait peut-être ce décor-là pour que la Suisse grave son destin, sans trembler, sans hésiter, en jouant, en déclassant une Italie bien loin de celle d’il y a trois ans, championne d’Europe. Cela n’enlève rien à l’exceptionnelle performance de l’équipe nationale, qui s’est imposée 2-0. Elle jouera samedi prochain à 18 heures un quart de finale de l’Euro contre l’Angleterre ou la Slovaquie (qui se départagent ce dimanche). Et avec ce qu’elle a montré, tous les rêves sont permis.

Ils ont d’ailleurs pris forme logiquement, ces rêves. Avec une Suisse d’emblée, dès les premières secondes, largement supérieure à l’Italie. Tous les bonheurs pouvaient perler, alors.

Cela n’a été ni une surprise, ni un accident, c’était comme si tout ce qui avait existé jusqu’alors coulait de source. Ruissellement limpide, délicatesse des intentions qui irriguent. De cette Suisse qui est sûre d’elle, on sait le penchant vers la gauche, son côté fort, celui où Aebischer s’est si bien intégré. On sait aussi la fragilité parfois sur la droite, là où il fallait de plus trouver une solution de rechange, Widmer étant suspendu.

C’était une nouvelle décision à prendre pour Murat Yakin. Il a pris ses responsabilités, il a reculé Ndoye. Quatrième match, quatrième choix fort. Ndoye sur le couloir droit, alors qu’il n’avait joué qu’ailier jusque-là (à droite ou sur la gauche), c’est la trouvaille. Sur le but suisse, rentrant à l’intérieur, c’est Ndoye qui voit Vargas. Le reste, c’est une première liesse, c’est cette passe de Vargas vers Freuler, qui a pris l’intervalle, oublié par Barella. C’est cette reprise légèrement déviée par Mancini, qui trompe Donnarumma.

La meilleure Suisse de l’histoire

La Suisse qui ouvre le score, une Italie moribonde qui ne sait rien faire, qui ne peut rien faire. Le scénario d’un match qui a confirmé beaucoup de choses et qui a définitivement gravé dans le marbre une réalité impossible à nier: il y a là, avec deux quarts de finale atteint consécutivement lors d’un Euro, la meilleure génération de l’histoire du football suisse qui écrit son destin.

Pour confirmer ce qui a transpiré dès les premiers instants, le bonheur a été double à la 46e minute, juste après la pause, comme s’il s’agissait d’étrangler immédiatement les éventuelles velléités transalpines. Cela a presque semblé facile, tout est venu de la gauche, comme toujours. Xhaka a combiné avec Aebischer, qui a trouvé Vargas. La suite est une douceur berlinoise, un ballon sucré, enrobé, qui laisse le grand Donnarumma impuissant: la boule de Berlin à la sauce Vargas se dépose alors dans le petit filet du portier italien.

Fin des espoirs transalpins? Pas vraiment, mais il faut le dire: l’insigne faiblesse de cette Italie sans âme laissait ses supporters sans voix. Ils ont quitté le stade en catimini. L’équipe de Spalletti n’a pas su jouer au foot durant les trois matches de la phase de groupe. Face à une Suisse organisée, intelligente, qui pourrait lui donner la moitié au moins de ses joueurs pour la renforcer, la Squadra azzurra ne pouvait rien faire.

Un système, une philosophie

On est donc dans un monde où la Suisse surclasse l’Italie en huitième de finale d’un Euro. Comment, pourquoi?

Le retour au 3-4-3, son système de prédilection, y est pour beaucoup. Associé à une philosophie à nouveau proactive, avec l’idée d’oser, de jouer, ce système a redonné à la Suisse toutes les couleurs perdues il y a quelques mois. Ce n’est pas un crime de lèse-majesté que d’insister sur le retour au 3-4-3, depuis 2024, pour dire la métamorphose. C’est l’intelligence de Murat Yakin de l’avoir compris. Même si cela a pris du temps, même s’il y a eu beaucoup de tensions entre les cadres, les leaders, Xhaka en tête, et lui.

A l’heure où tout semble possible pour cette équipe, même les rêves les plus insensés, il faut savourer l’instant pour ce qu’il est: le moment qui voit un sélectionneur et son équipe trouver un chemin ensemble. C’était sans doute le but depuis le début. Il faut croire que la route est parfois sinueuse, qui mène de l’ornière sur le haut du pavé.

C’est là où la Suisse se trouve aujourd’hui. Il y a trois ans, elle a éliminé la France, alors championne du monde en titre; à Berlin, elle vient de renvoyer à la maison l’Italie, championne d’Europe en titre pour quelques jours encore. Entre-temps, il y a eu ce 6-1 au Mondial contre le Portugal, oui. On peut l’oublier. La Suisse entre dans la cour des grands.

Elle a toujours dit qu’elle voulait écrire son histoire, elle a même soulevé des ricanements il y a quelques années: elle démontre que derrière les mots, il y a des actes. Quand elle joue, elle joue bien, quand elle ose, elle ose bien, quand elle vole, elle vole haut.

Jusqu’où? On verra. Mais cette Suisse-là réussit le tour de force de garder les pieds sur terre en ayant la tête dans les nuages. Alors, à s’étirer comme cela vers le ciel de ses ambitions, elle réjouit tout le monde. Yakin et les siens sont enfin sur la même longueur d’onde, tout est possible. Tout.

Une maîtrise collective

Il y a une maîtrise collective: c’est l’esprit de ce groupe. Il est soudé autour de Sommer, Akanji, Freuler et, surtout, Xhaka. Schär peut bien dévier maladroitement un centre sur le poteau? Pas d’affolement. C’était la meilleure occasion italienne du match (sur le poteau de Scamacca, il y avait hors-jeu). L’Italie n’a pas existé parce qu’elle était faible. Mais aussi parce que la Suisse ne lui pas ouvert le moindre espace: c’est la patte de Murat Yakin, dans la préparation minutieuse des équilibres.

Au moment même où tout n’était qu’inquiétude, après des qualifications pour cet Euro moribondes, la Suisse a osé la remise en question. Cela vaut pour les joueurs, cela vaut pour Yakin. De cette introspection est née un pacte, sans doute, ou quelque chose qui y ressemble. C’est beau une équipe qui retrouve le sourire. Et qui a encore des lumières en réserve.