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Sale affaire – 1896La vannière assassine s’en tire avec 18 mois

Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d’Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

Extrait de la «Feuille d’Avis de Lausanne» du 11 mars 1896.
Extrait de la «Feuille d’Avis de Lausanne» du 11 mars 1896.

Dans quelles circonstances Marie Ammann a-t-elle, ce vendredi 17 janvier 1896 vers 20 h 15, asséné 18 coups de couteau à Christian Maeder, près du passage à niveau situé sur la route reliant Salavaux à Faoug, au sud du lac de Morat? Les détails, on ne les connaîtra jamais. Ce que l’on sait, c’est que quelques heures plus tôt, le nommé Maeder, vannier ambulant bernois de son état, âgé d’environ 40 ans, entre au Café du Pont, à Salavaux, en compagnie de Marie Ammann et de Marie Zwahlen, toutes deux de même profession.

À 19 h, les trois quittent l’établissement après avoir avalé trois demis de blanc offerts par le Bernois. Qui s’est au passage permis quelques privautés avec Marie Ammann, «la prenant par la taille et lui dérobant, de temps à autre, un baiser, sans que l’objet de ces témoignages de tendresse parût s’en offusquer plus que de raison», lit-on dans la «Feuille d’Avis de Lausanne» du 27 janvier.

«Elle a dit que Maeder a tenté de l’embrasser; mais elle ne paraît pas attacher à ce fait une grande importance»

La «Feuille d’Avis de Lausanne»

Un peu après 20 h, le gardien du passage à niveau, Jean Bula, voit passer le trio traînant une charrette. Les jeunes femmes lui paraissent saoules. À ce moment-là, une dispute éclate entre Maeder et Ammann, qui s’empoignent et roulent à terre en se battant, avant de se relever et de disparaître dans le noir. Quelques instants plus tard, Bula entend un homme crier «au secours!» se précipite et rencontre Maeder couvert de sang, se tenant des deux mains l’abdomen.

Marie Ammann et Marie Zwahlen sont arrêtées le soir même près du Buffet de la Gare de Faoug et bouclées dans les prisons d’Avenches. Maeder meurt le lendemain, les intestins sortant du ventre, non sans avoir eu le temps de raconter que Marie Ammann l’a frappé avec un caillou, puis avec son couteau, à la tête, aux épaules et à l’abdomen.

Le 11 mars, le procès de la jeune femme s’ouvre devant le Tribunal criminel d’Avenches. Marie Zwahlen a été libérée en conséquence de la déposition de Maeder. Sa compagne, elle, est poursuivie pour voies de fait ayant entraîné la mort. Durant l’enquête, elle a déclaré que l’homme avait commencé à la frapper avec sa canne et que, si elle s’est servie de son couteau, c’était à fin de se défendre. «Elle a dit que Maeder a tenté de l’embrasser; mais elle ne paraît pas attacher à ce fait une grande importance», écrit la «Feuille d’Avis de Lausanne». Qui précise que le récit de l’accusée «est empreint de tellement de contradictions qu’il paraît certain à l’accusation qu’elle a attendu Maeder pour le frapper, et qu’elle a agi avec préméditation».

Un brillant avocat

L’affaire de Marie Ammann, 23 ans, déjà condamnée pour «rixes et batteries» dans le canton de Berne, est bien mal emmanchée. Mais elle a un excellent avocat. «M. André M. Schopfer a brillamment défendu la cause de Marie Ammann, raconte la «Feuille». Il s’est attaché à démontrer qu’elle avait été violemment provoquée et qu’elle ne savait pas que la mort pouvait être la conséquence de ses coups.» Le défenseur est si convaincant que le jury reconnaît l’accusée coupable mais déclare «par 7 voix contre 2 que la femme Ammann ne pouvait se douter que les blessures qu’elle a faites à la victime étaient nécessairement mortelles».

Le substitut du procureur requiert alors une condamnation à 4 ans de réclusion, ce qui paraît très modéré aux observateurs. Mais à la surprise générale, le tribunal la condamne à 18 mois de prison seulement. Un mois par coup de couteau, en somme. Ce n’est pas cher payé.

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne» sont consultables sur scriptorium.bcu-Lausanne.ch

1 commentaire
    Mteol

    Excellent récit. Rubrique très appreciée, merci.