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Fin de campagne tendueLa visite du ministre burkinabé passe mal chez les initiants

Harouna Kaboré était en Suisse mardi pour torpiller l’initiative sur les «multinationales responsables». Isabelle Chevalley (Vert’lib/VD) défend l’opération.

Le ministre du Commerce du Burkina Faso, mardi, à Berne, aux côtés de la conseillère nationale Isabelle Chevalley.
Le ministre du Commerce du Burkina Faso, mardi, à Berne, aux côtés de la conseillère nationale Isabelle Chevalley.
Patrick Martin

Les esprits s’échauffent au lendemain de la prise de parole d’un politicien étranger sur les «multinationales responsables». Mardi, à Berne, le ministre du Commerce du Burkina Faso, Harouna Kaboré, s’est présenté devant une poignée de médias suisses, dont celui-ci, pour dire tout le mal qu’il pense de l’initiative, soumise au vote le 29 novembre prochain. À ses côtés, la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’lib/VD) arborait un large sourire: fer de lance romand des opposants, la Vaudoise est à l’origine de cette conférence de presse qui souffle un peu plus sur les braises d’une campagne aussi inhabituelle que tendue.

Dans les rangs des partisans de l’initiative, on dénonce l’intervention d’un membre d’un gouvernement étranger sur un objet de politique nationale. «Un ministre qui vient se mêler d’une votation interne en s’exprimant publiquement, c’est pour le moins inadéquat. On n’imagine pas Alain Berset faire de même dans un pays étranger», lâche l’ancien conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR), engagé dans le comité de soutien bourgeois.

«Les opposants sont vraiment désespérés pour faire venir un ministre du Burkina Faso.»

Micheline Calmy-Rey, ancienne conseillère fédérale

L’ex conseiller aux États Didier Berberat (PS/NE), qui connaît bien l’Afrique subsaharienne et le Burkina Faso, qualifie cette intervention de «faute diplomatique et d’ingérence dans la politique intérieure». Il n’est pas plus tendre avec Isabelle Chevalley: «On dépasse les limites, c’est inadmissible.» L’ancienne conseillère fédérale socialiste Micheline Calmy-Rey enfonce le clou: «Les opposants sont vraiment désespérés pour faire venir un ministre du Burkina Faso.»

Rencontre avec Carlo Sommaruga

Si le principe même d’une intervention dérange, le contenu du plaidoyer fait aussi réagir. Harouna Kaboré s’est notamment inquiété des conséquences socio-économiques de l’initiative, qualifiée de néocolonialiste. «Quand un ministre utilise exactement les mêmes propos qu’Isabelle Chevalley, il s’agit simplement d’une communication politique, réagit la sénatrice Lisa Mazzone (Verts/GE). Par ailleurs, je n’attends pas autre chose de la part d’un homme d’État, suisse ou étranger, qu’il brosse un portrait flatteur de la situation dans son pays.»

Le Burkinabé a aussi contesté une enquête de Solidar Suisse sur le travail des enfants dans les champs de coton du Burkina Faso. L’ONG maintient ses conclusions, mais nous informe que son président, Carlo Sommaruga, a rencontré le politicien mardi soir. Sans donner la teneur de l’échange.

«Je suis choquée par les réactions. Quand on se mêle de la politique des autres, il faut s’attendre à ce que les autres fassent de même.»

Isabelle Chevalley, conseillère nationale (Vert’lib/VD)

Pour ses détracteurs, l’opération de communication pose également problème en ce qu’elle semble circonscrire le débat aux champs de coton burkinabé. «Or ce n’est pas sur cela que l’on vote», insiste Chantal Peyer, porte-parole du comité d’initiative. «Qui représente ce ministre? Nous sommes 130 ONG à soutenir cette initiative. Nous travaillons depuis vingt, trente, parfois cinquante ans dans ces pays et nous avons lancé l’initiative parce que nous avons constaté des violations graves et répétées des droits humains par certaines entreprises suisses. Il ne représente certainement pas les victimes.»

Isabelle Chevalley choquée

Confrontée aux critiques, Isabelle Chevalley peine à garder son calme. «Harouna Kaboré a bien précisé qu’il ne voulait pas dire aux Suisses comment voter. Je suis choquée par les réactions. Quand on se mêle de la politique des autres, il faut s’attendre à ce que les autres fassent de même.» La conseillère nationale affirme ne pas avoir pris en charge les frais de déplacement du ministre. Le DFAE indique avoir été au courant de sa venue mais précise qu’il ne s’agissait pas d’une visite officielle.

Dans le camp du non, l’intervention du politicien est soutenue. «Je ne peux que saluer sa prise de position. C’est important qu’un ministre d’un pays concerné puisse s’exprimer», affirme Cristina Gaggini, directrice romande d’EconomieSuisse, qui avait été prévenue de l’opération. Et de souligner, face aux accusations d’ingérence, que la venue du Burkinabé ne semble pas avoir dérangé Ueli Maurer. Le conseiller fédéral UDC – dont le parti combat l’initiative, tout comme le gouvernement – s’est entretenu brièvement avec le ministre.

64 commentaires
    Être prudent

    «Je suis choquée par les réactions. Quand on se mêle de la politique des autres, il faut s’attendre à ce que les autres fassent de même.»

    C'est si juste. Les altermondialistes ont des positions à géométrie variable.