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ÉditorialL’alerte enlèvement, rare mais gravissime

L’alerte enlèvement, un dispositif qui permet d’informer la population suisse par tous les moyens possibles, existe depuis 2010. Elle n’a jamais été utilisée. Faut-il pour cette raison s’en moquer ou n’y prêter aucune attention? Non, et l’un des drames les plus traumatisants qu’ait vécu le canton de Vaud, qui remonte aux premiers mois de 2011, est toujours là pour le rappeler.

Dans ce domaine, la rareté est clairement synonyme d’une gravité élevée. Même si la décision de déclencher l’alerte enlèvement appartient à Berne et que la compétence politique est fédérale, le sujet revient sur la table des députés vaudois au travers d’un rapport du Conseil d’État. Presque dix ans après la disparition des jumelles Livia et Alessia, le 30 janvier 2011, à l’âge de 6 ans. Elles ont été enlevées par leur père, qui a mis fin à ses jours, si bien qu’on ne saura sans doute jamais ce qu’il a fait de ses filles.

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Les circonstances de ce drame lui confèrent une aura émotionnelle exceptionnelle et marquante. Mais il est aussi exemplaire. L’un des points les plus marquants et largement questionné par l’opinion publique est justement que l’alerte enlèvement n’avait pas été employée. En 2015, une enquête journalistique avait mis en lumière que du temps avait été perdu dans les premiers jours qui ont suivi la disparition des petites.

«Au travers des mesures présentées, le rapport admet que des failles existaient»

Toutes les questions ne trouveront pas de réponse publique car les députés ont admis, en juin 2016, qu’une certaine confidentialité, au sujet notamment de la vie privée, doit être garantie. L’essentiel apparaît toutefois dans le rapport qui vient d’être remis au parlement. Au travers des mesures présentées, le document admet que des failles existaient. Elles ne touchaient pas que la police. Le Ministère public est prié d’être plus attentif à la nécessité d’ouvrir rapidement une enquête pénale pour faciliter le travail des enquêteurs sur le terrain.

Il reste encore à traiter une faiblesse du dispositif suisse: l’alerte enlèvement n’est en principe pas déclenchée si l’enfant porté disparu est accompagné d’un parent, considéré comme forcément bienveillant. Le drame de 2011 rappelle à quel point ce n’est pas forcément juste. Cet aspect mérite d’être débattu. Sur le plan politique, c’est à Berne que cela devra se passer.