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Commerces lausannoisL’amiante et le Covid ruinent le patron du Taco’s Bar

Fondé il y a vingt-deux ans, l’établissement situé au sous-sol d’un bâtiment du quartier du Flon, à Lausanne, se retrouve en grandes difficultés financières pour des raisons indépendantes de son fonctionnement.

Le mythique Taco's Bar est à deux doigts de la faillite. Le patron, Andy West, explique que la majorité des réserves a été utilisée l'an passé pour créer le Manhattan, au-dessus, avant que le Covid ne mange le reste.
Le mythique Taco's Bar est à deux doigts de la faillite. Le patron, Andy West, explique que la majorité des réserves a été utilisée l'an passé pour créer le Manhattan, au-dessus, avant que le Covid ne mange le reste.
Jean-Paul Guinnard

Morceau d’Amérique en plein cœur du quartier du Flon, à Lausanne, le Taco’s Bar est à deux doigts de la fermeture définitive. «Pour la première fois depuis vingt-deux ans, je n’ai pas la possibilité de verser les salaires, soupire Andy West, le patron. La banque a tout bloqué, je ne peux plus rien faire!» Mais comment ce haut lieu des concerts de blues, de rockabilly ou de matches de catch se retrouve-t-il dans cette situation désespérée? L’association de deux événements imprévisibles et inattendus l’explique.

«En 2018, j’ai appris que le restaurant au rez-de-chaussée du bâtiment était à remettre, explique Andy West. J’ai eu envie de lancer un projet complètement différent, beaucoup plus dans l’air du temps, avec de la cuisine locale et bio.» Un projet est établi, puis mis à l’enquête de manière simplifiée comme il n’y a pas de changement d’affectation des lieux. Mais quelques mois plus tard, au moment de lancer les travaux, patatras: le premier coup de pioche met au jour de l’amiante.

Facture finale triplée

«Tout s’est arrêté. Il a fallu faire une nouvelle mise à l’enquête, complète cette fois, et pour le coup planifier une remise aux normes complète des locaux.» Résultat, neuf mois de loyer à payer sans revenus et une facture qui prend l’ascenseur. Au final, près de 840’000 francs, soit quasi le triple de ce qui était prévu au départ. «Je n’ai donc eu d’autre choix que de puiser dans les réserves, celles du Taco’s et les miennes, privées. Tout y est passé!»

«Les retours sur le Manhattan étaient bons: chaque mois a été meilleur que le précédent.»

Andy West, fondateur et patron du Taco’s Bar et du Manhattan, à Lausanne

Baptisé The Manhattan, le nouvel établissement a toutefois fini par ouvrir ses portes le mardi 10 mars… soit six jours avant l’entrée en vigueur du premier semi-confinement. Et ce n’est donc que le 11 mai qu’il a véritablement pu démarrer son activité. «Lancer une nouvelle adresse prend de toute manière du temps et, en plus, nous nous trouvions dans une situation financière catastrophique et une ambiance très particulière. Mais nous nous sommes accrochés, nous avons cherché des arrangements avec les artisans et les fournisseurs, certains acceptant de jouer le jeu, d’autres pas. En revanche les retours étaient bons: chaque mois a été meilleur que le précédent, et pour la première fois en octobre, donc après six mois de fonctionnement dans des conditions pourtant difficiles, nous avons atteint un chiffre d’affaires permettant de couvrir les salaires.»

«Le coup d’assommoir»

Et c’est donc au moment précis où Andy West espérait enfin pouvoir sortir la tête de l’eau que le second semi-confinement arrive. «C’est le coup d’assommoir. En plus ma banque me laisse complètement tomber. Par le passé, je me suis déjà retrouvé dans des situations difficiles, j’ai vendu des biens personnels pour payer mes factures, mais c’est sans commune mesure avec ce qui m’arrive cette fois», constate celui qui ne s’est plus versé un franc de salaire depuis le mois de mars.

Les employés des deux sites – 26 personnes plus les extras – ont été mis au courant de la situation en début de semaine. Une séance qui a suscité des réactions: deux tags «Taco’s Bar exploiteurs» sont apparus sur des murs dans la foulée. «Une maladresse ou un cri de désespoir. J’ai des employés qui ont des enfants à nourrir!» soupire le patron, compréhensif. C’est donc la mort dans l’âme, mais en gardant un ultime espoir qu’il lance un appel au secours à toutes celles et ceux qui ont fréquenté son antre au moins une fois. Pour tenter de prolonger encore un peu sa belle histoire.

Les personnes souhaitant effectuer un don pour tenter de sauver le Taco’s Bar et le Manhattan peuvent le faire en passant via le site internet www.tacos-bar.ch ou la page Facebook www.facebook.com/tacosbarflon

20 commentaires
    PaK

    Je suis atterré par la réflexion de Leuthold !

    On peut être contre l’alcoolisme (à juste titre) sans pour autant se réjouir à demi-mot des difficultés d’un restaurateur, tout ce qu’il y a de plus honnête.

    Il ne vient pas à l’esprit de Leuthold que l’alcool peut être un plaisir s’il est consommé raisonnablement.

    Personnellement, je bois un verre occasionnellement et uniquement quand je suis ‘’bien’’.

    Merci à Monsieur West et à tous les restaurateurs de nous permettre de le faire.

    Je suis profondément désolé pour monsieur West et j’espère sincèrement qu’il arrivera à se relever.

    J’ai mangé plusieurs fois dans les deux restaurants et j’ai toujours été pleinement satisfait avec un rapport qualité/prix excellent.

    Pour le connaître un peu, contrairement à ce que croient certains, Monsieur West n’est pas un investisseur avec suffisamment de moyen pour assumer ces mauvaises passes, c’est un entrepreneur qui a pris des risques et investi ses économies pour nous permettre de passer un agréable moment à table, et n’allez pas croire que tous les entrepreneurs s’en mettent plein les poches, la majorité sont contents si leurs affaires tournent sans pertes !

    Merci à tous les donateurs qui nous permettrons de retrouver ces deux bonnes tables à la reprise après-covid.

    J’ai personnellement hâte d’y retourner.

    Une pensée aussi à tous les restaurateurs.