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L’invitéL’approche systémique est en soi conflictuelle

Olivier Delacrétaz explore des perspectives qui refusent les nuances.

Quand on accole le qualificatif de «systémique» à une attitude répréhensible, cela signifie que, derrière l’homme qui adopte cette attitude, c’est la société tout entière qui est en faute. Prenons l’exemple du «racisme systémique», pour lequel le raciste n’est pas seulement celui qui émet des théories racistes, qui approuve le trafic d’esclaves ou se conduit mal à l’égard d’individus d’une autre couleur, mais toute personne appartenant à la «civilisation blanche». Peu importe que cette personne ne soit pas raciste à titre individuel, puisqu’elle l’est à titre collectif!

Le marxisme voit le moteur de l’histoire dans la lutte entre les classes bourgeoise et prolétaire. Cette conception est systémique, car elle n’oppose pas seulement les détenteurs du capital et les travailleurs exploités. Elle divise la société tout entière en deux camps. Pas de troisième voie! Le patron qui respecte ses ouvriers ou l’investisseur qui se contente d’une rente de père de famille contribuent eux aussi au capitalisme. D’une certaine façon, ils sont pires que le spéculateur à cigare et haut-de-forme, car ils donnent une apparence humaine à l’exploitation de l’homme par l’homme.

«Le même refus des nuances, la même atmosphère de rancœur et de vengeance, la même volonté destructrice d’épurer le monde en profondeur»

Les gens de gauche qui refusent la révolution participent eux aussi du «système» capitaliste: sociaux-démocrates, dont les réformes renforcent l’ordre bourgeois; syndicalistes collaborant avec les patrons; gens de 1968 éparpillant l’énergie prolétarienne en mille futilités contre-révolutionnaires.

Systémique encore, l’idée que les féministes radicales se font du sexisme. C’est déjà plus compréhensible, dans la mesure où le système social est universellement fondé sur la famille, laquelle s’est toujours définie en fonction de la reproduction des générations, mettant au premier plan la différence essentielle des sexes en matière de maternité.

Inégalités et différences

Cette répartition des rôles se détaille à l’infini, dans le langage, les institutions, les arts et la littérature, y compris les contes pour la jeunesse: «Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants.» D’un point de vue systémique, le fait que les femmes accèdent aujourd’hui à n’importe quelle formation et à n’importe quelle place joue peu de rôle. Ce ne sont plus les injustices que les féministes combattent, ni même les inégalités, ce sont les différences, avec la société patriarcale qui les a conçues, et qui en abuse.

Racisme, capitalisme, sexisme (on pourrait ajouter spécisme) sont des domaines fort différents. Mais la perspective systémique y engendre le même refus des nuances, la même atmosphère de rancœur et de vengeance, la même volonté destructrice d’épurer le monde en profondeur. Le gauchisme, maladie auto-immune mortelle de la société, l’a bien saisi, et s’efforce, sous le nom de «convergence des luttes», d’en conjuguer les nuisances.