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Nagorny KarabakhL’Arménie accuse l’Azerbaïdjan d’avoir violé la trêve

Erevan accuse Bakou de ne pas respecter la nouvelle «trêve humanitaire» entrée en vigueur dans la nuit de samedi à dimanche.

Des bougies dans une église à Erevan le 17 octobre 2020.
Des bougies dans une église à Erevan le 17 octobre 2020.
AFP

Une semaine après un premier cessez-le-feu, conclu mais jamais respecté, entre Azerbaïdjan et Arménie au Nagorny Karabakh, une nouvelle «trêve humanitaire» est entrée en vigueur samedi à minuit heure locale (22 h 00 suisses), mais Erevan a accusé Bakou de l’avoir aussitôt violée.

«La République d’Arménie et la République d’Azerbaïdjan sont convenues d’une trêve humanitaire à partir du 18 octobre à 00 h 00 heure locale», a déclaré samedi soir le ministère arménien des Affaires étrangères. Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a confirmé, dans une déclaration identique.

Mais seulement quelques heures plus tard, la porte-parole du ministère arménien de la Défense, Shushan Stepanyan, a affirmé sur Twitter: «L’ennemi a effectué des tirs d’artillerie en direction du nord entre 00 h 04 et 02 h 45 (22 h 04 et 00 h 45 suisses) et a lancé des roquettes vers le sud entre 02 h 20 et 02 h 45». L’Azerbaïdjan n’a pas immédiatement réagi.

Des centaines de morts

La reprise des combats il y a trois semaines a fait des centaines de morts. Après une première tentative ratée de cessez-le-feu sous l’égide de Moscou, le conflit a connu une nouvelle escalade samedi.

L’Azerbaïdjan a juré de «venger» la mort de treize civils, dont des enfants, ayant péri la nuit précédente dans un bombardement nocturne de Gandja, deuxième ville du pays. De nombreuses maisons ont été détruites par un pilonnage vers 03 h 00 locales (01 h 00 suisses) qui a aussi fait plus de 45 blessés, selon le procureur général.

L’annonce de la trêve intervient alors que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est entretenu au téléphone dans la soirée avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais et insisté sur «la nécessité d’un respect strict» du cessez-le-feu conclu samedi dernier à Moscou, selon le ministère russe des Affaires étrangères.

Le président français Emmanuel Macron a de son côté «salué» samedi soir la trêve humanitaire, ajoutant que cette dernière avait été conclue «à l’issue d’une médiation française conduite au cours des derniers jours et des dernières heures en coordination avec les co-présidents du groupe de Minsk (les États-Unis et la Russie, ndlr)».

«Crimes de guerre»

Samedi à Gandja, des dizaines de secouristes ont cherché des survivants à mains nues et rassemblé des restes humains déchiquetés dans des housses mortuaires noires. «On ne peut pas identifier les corps, on ne sait pas si on arrivera à les identifier à la morgue. Ils sont tous en morceaux», a dit, épouvanté, Mayil Chakhnazarov, 36 ans.

«Nous allons nous venger sur le champ de bataille», a proclamé le président azerbaïdjanais Ilham Aliev dans un discours, qualifiant son ennemi séparatiste et son parrain, l’Arménie, tour à tour de «chiens» et de «fascistes».

La Turquie a de son côté accusé l’Arménie de «crimes de guerre», tandis que l’UE a «déploré» ces frappes, appelant une fois encore «toutes les parties à cesser de viser les civils».

Gandja, ville d’environ 300’000 habitants, a été frappée à plusieurs reprises depuis le début du conflit. Les séparatistes arméniens avaient relevé samedi pour leur part que Gandja abrite «des cibles légitimes»: base aérienne, état-major d’une brigade motorisée, forces spéciales, centre des opérations de la défense azerbaïdjanaise, dépôts de carburant et usines de munitions. Ils ont aussi accusé l’Azerbaïdjan d’avoir attaqué durant la nuit des infrastructures civiles du Nagorny Karabakh, nécessitant une riposte.

Crainte d’une internationalisation du conflit

Quelques heures avant les frappes sur Gandja, des tirs avaient ainsi visé la capitale des indépendantistes, Stepanakert, et la ville de Choucha, dont la majorité des habitants ont fui depuis le début des hostilités le 27 septembre.

L’Azerbaïdjan a obtenu des gains territoriaux ces trois dernières semaines sans pour autant remporter de bataille décisive. Bakou n’a pas jusqu’ici révélé le coût du conflit, ne publiant aucun bilan militaire, matériel ou humain.

Les séparatistes affirment avoir tué des milliers d’hommes, reconnaissent avoir dû reculer mais assurent «contrôler la situation». Officiellement, ils ont perdu environ 700 hommes, et la moitié des 140’000 habitants ont été déplacés.

Outre une potentielle crise humanitaire, la communauté internationale craint une internationalisation du conflit, la Turquie soutenant l’Azerbaïdjan. L’Arménie, qui soutient financièrement et militairement les séparatistes, est elle dans une alliance militaire avec la Russie.

Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d’Arméniens chrétiens, a fait sécession de l’Azerbaïdjan, musulman chiite turcophone, peu avant la dislocation de l’URSS en 1991, entraînant une guerre ayant fait 30’000 morts. Un cessez-le-feu, émaillé de heurts, était en vigueur depuis 1994.

AFP/NXP