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AboDes millions en déshérence
L’arnaque à l’héritage de retour à Genève

La famille victime d’escroquerie a reçu un courrier «officiel» provenant d’un avocat espagnol les informant qu’un membre éloigné de leur famille vivant en Espagne est décédé et qu’ils sont probablement ses seuls héritiers.
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Qui n’a jamais rêvé de recevoir un courrier d’un avocat annonçant un héritage de 6,5 millions d’euros? C’est ce qui est arrivé, le 30 mars, à une famille genevoise. Les parents ainsi que leurs enfants quadragénaires ont tous reçu un courrier «officiel» dans leurs boîtes aux lettres respectives: une missive provenant d’un avocat espagnol les informe qu’un membre éloigné de leur famille vivant en Espagne est décédé et qu’ils sont probablement ses seuls héritiers.

«On s’est vite méfiés, mais le fait que ce soit des courriers et que nos enfants les aient également reçus chez eux était étrange.»

Le père de famille genevois victime d’escroquerie

Si ce type d’arnaque est courant, le procédé de celle-ci étonne par son degré de perfectionnement. Ainsi, les malfrats ont contacté les membres de la famille par courrier «officiel» et pas par mail, allant jusqu’à envoyer des extraits de passeport de l’avocat, photo à l’appui, et des missives soi-disant issues de l’administration espagnole ainsi que du Conseil général des notaires de ce pays. Signatures, tampons de couleurs, entêtes et numéros de dossiers ont été soigneusement apposés sur ces différents documents afin de les rendre crédibles.

Ministère de la justice

«On s’est vite méfiés, mais le fait que ce soit des courriers et que nos enfants les aient également reçus chez eux était étrange. J’ai donc décidé de répondre à ces sollicitations par curiosité et pour voir jusqu’à où ils étaient prêts à aller», glisse le père de famille lancéen.

À cette fin, le septuagénaire signe donc une décharge indiquant qu’il accepte que l’avocat qui l’a contacté, le représente auprès du gouvernement espagnol et de la banque où se trouverait le magot en déshérence. Cela afin d’entamer les démarches pour toucher l’héritage.

Quelques jours plus tard, il reçoit un nouveau courrier du Ministère de la justice espagnole cette fois. Ce dernier confirme que sa famille est bien héritière du défunt. S’ensuivent d’autres missives, qui comme les premières ont l’air d’être officielles, et une dizaine d’échanges de mails.

Contactés par le banquier

«Ils nous ont ensuite envoyé des copies des courriers qu’ils avaient écrits à la banque pour faire les démarches, ainsi que le contact du banquier qui allait nous contacter. Ce dernier nous a écrit à son tour, avant de nous appeler pour organiser les transactions», précise le retraité avant d’ajouter: «Jusque-là, ils ne nous avaient jamais demandé d’argent ou des coordonnées bancaires, mais j’ai bien compris que ça allait venir. Et lorsque j’ai découvert que la banque en question n’existait plus, je leur ai fait part de ma méfiance et ai cessé de leur répondre.»

«Nous avons presque affaire à des professionnels qui imaginent des scénarios très crédibles et élaborés.»

Aline Dard, porte-parole de la police genevoise

Une main courante a été déposée auprès de la police genevoise et l’arnaque a également été dénoncée auprès du consulat espagnol. Ce dernier envisage-t-il de prendre des mesures? Contacté, son secrétariat a répondu qu’il refusait de faire de commentaire ou donner des informations sur ce type d’affaires.

Conseils de la police

Quant à la police genevoise, elle indique que cette arnaque est très ancienne, mais s’est fortement améliorée avec le temps. «Nous avons presque affaire à des professionnels qui imaginent des scénarios très crédibles et élaborés», indique la porte-parole de la police Aline Dard. Elle précise que depuis 2022 seize tentatives d’arnaque du même type ont été annoncées à la police (dont six cas de courriers postaux et dix e-mails). Trois personnes ont subi des préjudices.

«Nous recommandons de ne pas donner suite à ce type de courrier, de déposer une main courante dans un poste de police pour toute tentative d’arnaque et de signaler les courriels frauduleux sur le site du Centre national pour la cybersécurité (NCSC).» En cas de préjudice, il faut déposer plainte, conclut la communicante.