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RéflexionL’arrogance de Berne sur un prétendu «risque d’influence»

La Chancellerie d’état bernoise s’interroge sur la situation de personnes qui pourraient être manipulées à Moutier.

À chaque nouvelle annonce autour de la votation sur l’appartenance future de la ville de Moutier, chaque mot, chaque virgule comptent. Les crispations demeurent vivaces entre le Canton de Berne et la cité prévôtoise. En ce moment, on s’écharpe sur la date du prochain scrutin: le Conseil d’État le souhaite en février et les autonomistes en mai 2021.

Il faut se rappeler que le scrutin du 18 juin 2017 (qui avait vu un résultat serré en faveur d’un rattachement au Canton du Jura) avait finalement été annulé à cause, notamment, de cas de tourisme électoral.

Ce mercredi, la Municipalité de Moutier a indiqué qu’à l’heure actuelle il n’y a pas de problème particulier dans la tenue du registre électoral et qu’évoquer du tourisme électoral aujourd’hui est «infondé». C’est la réponse transmise à la Chancellerie d’État bernoise, laquelle souhaitait obtenir des explications pour clarifier la situation de dizaines de personnes. Sur les 151 cas pour lesquels l’instance réclamait des clarifications, plus de la moitié (82) provient d’une problématique informatique dans la plateforme cantonale.

«Dans une démocratie, un citoyen, quel que soit son statut social, l’état de son compte en banque, son niveau de formation ou les déboires de sa vie professionnelle, a le droit de donner son avis»

Mais là où ça fait mal aux yeux et où l’on frise le code, c’est que cette même entité bernoise annonce dans un communiqué qu’elle a posé des questions aux autorités de Moutier sur le nombre croissant d’arrivées qui ont été observées ces derniers mois dans la commune. Il s’agirait en particulier de personnes qui «semblent être sans emploi ou à l’aide sociale». La Chancellerie va plus loin: «Ces personnes peuvent parfois être soumises à des pressions ou des tentatives d’influence.» Il s’agit pour elle de trouver les meilleures solutions possibles pour limiter ces soupçons.

Comment un gouvernement cantonal peut-il se laisser aller à des assertions pareilles? Si l’on peut intellectualiser qu’à la seule évocation du mot «Moutier» tous les muscles du visage se raidissent à Berne, il est difficile de comprendre cette arrogance envers des citoyens affaiblis par la vie.

Des citoyens de deuxième catégorie?

Ce préjugé crasse présuppose l’inégalité de naissance ou, pour le moins, qu’il y aurait deux catégories d’ayants droit dans notre bonne Suisse. Dans une démocratie, un citoyen, quel que soit son statut social, l’état de son compte en banque, son niveau de formation ou les déboires de sa vie professionnelle, a le droit de donner son avis.

J’ose une analogie: un garde-chasse de 62 ans en fin de droit serait donc plus influençable qu’un homologue actif lorsqu’il vote pour ou contre la révision de la loi sur la chasse? On tombe dans le grand n’importe quoi. La remarque assassine de la Chancellerie bernoise va bien au-delà de la maladresse. Elle doit nous faire bouillir le sang.

Cette situation n’est pas sans rappeler un autre triste épisode de l’histoire récente. C’est en effet le même genre d’argument qui était brandi à l’égard des femmes, plus «influençables», avant qu’elles n’obtiennent le droit de vote en 1971. Quelle bassesse!

1 commentaire
    SteveC

    Merci M. Jubin pour ce texte plein de bon sens! Le canton de Berne ouvrirait-il déjà la voie à de multiples recours pour la prochaine votation, dès lors qu'il sera impossible de prouver qu'il n'y a eu aucun de ces pseudo "facteurs d'influence" (et qui devraient selon leur propre logique apparaître à chaque votation!)? Ces façons de faire bernoises sont des menaces pour la démocratie suisse, en créant des précédents intolérables en matière de procédureries toxiques et interminables pour chaque votation qui dérangera un état.