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Exposition inédite à Lausanne
L’art brut reconnaît ses anonymes

Ce chapeau en paille tressée date du début du XXe siècle. On sait seulement qu’il a été réalisé dans un hôpital psychiatrique en Italie.
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Le premier geste, ce réflexe presque pavlovien qui nous pousse à aller voir le nom de l’auteur d’une œuvre avant même de la regarder, est impossible dans la nouvelle exposition de la Collection de l’art brut à Lausanne. Mais… rien à voir avec une coquetterie de commissaire, ni à un jeu de pistes quelconque, les œuvres présentées n’ont pas d’auteur identifié. Certaines sont arrivées par poste à Lausanne, à plusieurs dans une fourre ou dans une simple enveloppe. D’autres ont été collectées par le théoricien de l’art brut, Jean Dubuffet, alors aux prémisses de son enquête prospective sur l’art des marges.

Avec «Anonymes», on est donc aux confins de la fragilité d’une œuvre d’art, qu’est-ce qui la fait exister ou pas? Sa seule présence au monde, le regard qu’on pose sur elle, l’histoire des esthétiques, un effet de mode, la notoriété de son auteur? Aujourd’hui, et depuis que le marché s’emballe, le prix peut également aiguillonner le coup d’œil! Mais l’exposition lausannoise neutralise ces guides, à l’exception des deux premiers. Reste cette écriture vertigineuse qui court presque sans rature sur un feuillet n’ayant encore jamais été déplié, restent ces broderies décrivant une épopée organique sur de petits étuis de tissu.

La Collection de l’art brut conserve plusieurs pièces de tissu, de petits étuis, avec le nom de Marie-Jeanne intégré aux broderies.

Il reste encore cette orgie carnavalesque enrôlant des animaux dans un concert de folie. Et tant d’autres pépites, pages dessinées, volumes sculptés ou découpés, collages de miettes de vieux timbres et peintures qui se présentent à l’âme du spectateur, seuls et lavés de tous repères, soulevant des questions sur la manière de regarder l’art. Notre propre manière.

Une expérience troublante

La première salle est d’ailleurs terriblement troublante! Avec ses trois pièces, dont un bois sculpté avec une apparence humaine, une noix de corozo couverte de motifs miniatures entre le céleste et le paradisiaque et cette silhouette en raphia exécutée au crochet: on pourrait se croire dans un musée d’ethnographie n’importe où dans le monde. Mais on est aussi dans les pas de Dubuffet alors qu’il cherche un autre regard et qu’il croit à cette créativité vierge d’influences et de références.

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Des artistes bruts de culture qui ne créent pas pour être vus, exposés, ou pour avoir un nom salué que la postérité retiendra. Bref… des anonymes dans l’âme! Qui font œuvre souvent avec des matériaux de fortune, des bouts de tissu, de la terre séchée, du goudron, du bois, dans le secret d’un hôpital psychiatrique, comme cet Italien qui a tressé la paille pour en faire un chapeau à l’allure d’une bête cornée, ou ces autres, des détenus qui ont peint la céramique, enchevêtrant leurs histoires criminelles et leurs espoirs sur des pots à eau.

L’exposition présente plusieurs exemplaires de pots à eau, terrain d’expression de prisonniers incarcérés à «Le Nuove» à Turin.

Des anonymes qui le sont restés! Alors que d’autres le sont, protégés par le secret médical qui concédait parfois un prénom ou par une certaine réserve familiale. «Il nous arrive encore de ne pas avoir les droits de reproduction de certaines pièces», témoigne Pascale Jeanneret, commissaire de l’exposition. Et puis… il y a ceux dont le prénom ou une bribe de nom fait partie de l’œuvre, comme la joyeuse brodeuse Marie-Jeanne ou ce mystérieux «Monsieur oui oui» qui tatoue un nom sur le front d’un portrait (le sien?) que quelqu’un a ensuite recouvert comme on masque une identité sur une photographie de presse.

«Il nous arrive encore de ne pas avoir les droits de reproduction de certaines pièces.»

Pascale Jeanneret, commissaire de l’exposition et conservatrice à la Collection de l’art brut

Mais cette protection des données – qui avait une certaine avance sur les débats de l’ère numérique – ne suffit pas toujours. L’homme est curieux et l’historien de l’art en a fait profession, «Anonymes» se termine donc sur des énigmes résolues, dont celle déjouée par cette exposition, qui a permis de mettre le nom du Brésilien Pedro Cornaz sur deux feuillets conservés dans un cartable ayant appartenu à Jean Dubuffet.

Monsieur oui oui, ou Raymond R… dont le nom complet a été recouvert comme on masque une image ou une photo de presse afin de protéger l’identité d’une personne.

Lausanne, Collection de l’art brut
Jusqu’au 31 octobre, du ma au di (11 h-18 h), je (9 h-18 h)
www.artbrut.ch

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