1er Août à LausannePhilippe Lazzarini, l’invité controversé de la fête nationale
La Municipalité invoque la Suisse humanitaire pour justifier son choix, dénoncé par la droite et les sionistes.

Philippe Lazzarini est invité d’honneur à la fête officielle du 1er Août à Lausanne parce qu’il est une «personnalité suisse incontournable sur la scène diplomatique internationale». Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), il prendra la parole après le syndic, Grégoire Junod, à Ouchy dans quatre semaines. L’invitation divise.
Surpris en bien
Joseph Daher, professeur invité à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne, voit cette invitation d’un bon œil. Cet historien des relations internationales est spécialiste du Moyen-Orient. Membre de SolidaritéS, il s’est investi dans le mouvement de soutien aux Palestiniens. «Cette invitation me surprend positivement, même si le Parti socialiste, dont est issu le syndic, a soutenu dans sa grande majorité le maintien du financement de l’UNRWA, malgré les menaces demandant sa suspension», réagit-il.
Que pense le chercheur engagé des griefs de ses adversaires? «Des représentants du camp soutenant l’État d’Israël estiment qu’il est négatif d’inviter comme orateur du 1er Août une personnalité qui «divise», selon eux, car il dénonce à la fois les attaques militaires et politiques du gouvernement israélien contre l’institution qu’il dirige, l’UNRWA.»
Rôle crucial
«Pour rappel, les officiels israéliens et les supporters d’Israël cherchent depuis des décennies à mettre fin à l’existence de l’UNRWA, afin de liquider la question des réfugiés palestiniens, poursuit Joseph Daher. Au contraire, j’estime que cette invitation est positive car M. Lazzarini représente une institution qui joue un rôle crucial dans la fourniture de services et l’aide à des millions de Palestiniens, confrontés à une guerre jugée comme potentiellement génocidaire par la Cour pénale internationale. De plus, l’UNRWA aura probablement un rôle primordial dans le processus de reconstruction après la fin de la guerre.»
Présidente du Parti socialiste lausannois, Sarah Neumann insiste sur l’humanitaire: «Nous sommes face à un conflit au Moyen-Orient, où tout est récupéré et amplifié dans les deux sens, prévient-elle. Nous devons être attentifs à ce qu’on fait et ce qu’on dit. Cette invitation symbolise l’importance de garantir l’aide humanitaire dans les pires conflits. Il s’agit d’affirmer que l’UNRWA a toute sa place. Il ne s’agit aucunement d’une attaque contre un autre pays.»
Une Municipalité claire
La camarade de Grégoire Junod réfute toute ambiguïté: «La Municipalité et son syndic ont toujours été hyperclairs sur la condamnation du massacre du 7 octobre, l’appel à un cessez-le-feu et l’exigence de libération des otages. Couper l’aide humanitaire ne fait aucun sens alors que la situation en Palestine est inqualifiable, avec des dizaines de milliers de morts.»
Philippe Lazzarini «incarne parfaitement l’engagement pour la paix et la tradition humanitaire de notre pays, partie intégrante de notre histoire et de notre cohésion nationale», a écrit la Municipalité de Lausanne dans son communiqué. «Cette justification n’est pas recevable», estime Matthieu Carrel, ex-président (PLR) du Conseil communal de Lausanne, à l’instar des voix de droite.
Pas de terrain d’entente
Pour Matthieu Carrel, la neutralité de l’action humanitaire n’efface pas les divergences politiques: «Je comprends qu’on puisse dire que M. Lazzarini est un haut fonctionnaire dont le rôle et le travail présentent un intérêt, mais la fête du 1er Août devrait se faire sur un terrain d’entente. Or sa présence est extrêmement clivante, les débats en Suisse sur le financement de l’UNRWA étant la preuve que le sujet ne fait pas consensus. La Municipalité a une mauvaise compréhension de ce qu’est cette fête. Elle avait d’autres occasions d’inviter M. Lazzarini si elle le souhaitait.»
Ancienne députée Verte et magistrate à la Cour des comptes, Anne Weill-Lévy, de confession juive, se définit comme une «sioniste de gauche». Pour elle, l’invitation au patron de l’UNRWA est une «fausse bonne idée» qui sert «l’instrumentalisation d’un terrible conflit».
Devoir de réserve
Lausanne avait l’habitude d’inviter des conseillers fédéraux pour la fête nationale. Sur les ondes de la RTS, Grégoire Junod a comparé la venue de Philippe Lazzarini à celle d’Alain Berset l’an dernier. «Les conseillers fédéraux invités ont évoqué des sujets suisses en Suisse, souligne Anne Weill-Lévy. Alain Berset parlait des effets du Covid-19 en Suisse. Philippe Lazzarini parlera d’un sujet qui se situe en dehors de la Suisse, alors que la communauté juive subit de plus en plus gravement l’importation du conflit en Suisse. C’est insupportable de constater que Grégoire Junod oublie la communauté juive locale, qui s’en prend plein la figure. La Municipalité de Lausanne est sortie de son devoir de réserve.»
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