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Exotisme vaudois (9/41)Le Blonay-Chamby voyage dans le temps

Lors du trajet en train et au musée de Chaulin, l’immersion dans le passé est totale. Des scènes de vie d’antan sont aussi reconstituées.

Thibaud, le mécanicien d’une locomotive Mallet construite en 1918, fait le plein d’eau à Chamby.
Thibaud, le mécanicien d’une locomotive Mallet construite en 1918, fait le plein d’eau à Chamby.
Odile Meylan

Gare de Blonay, un dimanche de juin dernier. La cloche de départ retentit. Le train se met en branle. Le mécanicien Thibaud et le chauffeur Bernhard sont aux commandes de la locomotive. Cela fait plus d’un demi-siècle que les bénévoles du Blonay-Chamby proposent à leurs hôtes de voyager dans le temps durant la belle saison. «Il n’y a pas tromperie sur la marchandise, sourit Jérôme Constantin, président du chemin de fer-musée. Ici, un coup de sifflet lance le départ des trains. Ça sent bien le charbon et la vapeur, les bancs sont en bois. Et le contrôleur poinçonne un vrai ticket d’époque créé en imprimerie.»

«Ici, un coup de sifflet lance le départ des trains. Ça sent bien le charbon et la vapeur. Les bancs sont en bois. Et le contrôleur poinçonne un vrai ticket d’époque créé en imprimerie»

Jérôme Constantin, président du Chemin de fer-musée Blonay-Chamby

Fumante et impressionnante, la locomotive est une Mallet de 1918. «Elle date de la période charnière 1895-1920, entre le temps fort de la vapeur et le début de l’électricité, glisse Alain Candellero, porte-parole. Vers 1900, prendre le train constituait une véritable épopée.» Les flammes grossissent dans le foyer. La machine trépide de plus en plus vite. Notre voiture, construite en 1868, a roulé en 1873 pour l’ouverture du Lausanne-Échallens-Bercher (LEB). Avec les fenêtres ouvertes, la vapeur humidifie les visages. Les fumerolles de charbon se font sentir. «Pour ne pas incommoder les riverains, nous nous attelons à trouver des qualités de charbon qui n’engendrent pas trop de fumée noire, précise Alain Candellero. À l’époque, les compagnies ne se préoccupaient pas de ça.»

Sensations grandeur nature

Les dernières maisons disparaissent. Le convoi entre dans la forêt. L’immersion dans le passé est totale. Comme au bon vieux temps, notre vitesse s’élève à près de 20 km/h, mais on a l’impression d’aller beaucoup plus vite. «Les roues du train et le rail, c’est du fer contre du fer, rappelle Alain Candellero. On peut entendre le bruit de notre passage sur les éclisses. Ici, toutes les sensations sont grandeur nature, avec la vue en plus.»

Le passage du train avec son panache de vapeur sur un viaduc de la Riviera est un émerveillement pour petits et grands.
Le passage du train avec son panache de vapeur sur un viaduc de la Riviera est un émerveillement pour petits et grands.
Odile Meylan
Bernhard, le chauffeur, surveille le foyer de la Mallet de 1918. À Chamby, lors du ravitaillement, il effectue aussi une purge de vapeur pour enlever les impuretés qui traînent dans la chaudière. Impressionnant et assourdissant!
Bernhard, le chauffeur, surveille le foyer de la Mallet de 1918. À Chamby, lors du ravitaillement, il effectue aussi une purge de vapeur pour enlever les impuretés qui traînent dans la chaudière. Impressionnant et assourdissant!
Odile Meylan
La gare-musée de Chamby-Chaulin abrite près de 80 véhicules ayant marqué l’histoire du rail. Quasi tout y est d’époque.
La gare-musée de Chamby-Chaulin abrite près de 80 véhicules ayant marqué l’histoire du rail. Quasi tout y est d’époque.
Odile Meylan
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Le Blonay-Chamby est le premier musée vivant du chemin de fer en Suisse. Le tracé des voies, surplombant la Riviera vaudoise, est parcouru, les samedis et dimanches, par les convois historiques, tirés par d’antiques locomotives à vapeur ou de vieilles automotrices électriques. Mais il est aussi parfois emprunté par le chemin de fer MOB pour raisons techniques, car il relie les réseaux ferroviaires Montreux-Oberland bernois et Vevey-Les Pléiades.

Ce tronçon de trois kilomètres comporte toutes les caractéristiques d’une vraie ligne de montagne avec forte rampe, viaduc, passage en corniche et tunnel. Il faisait partie de l’ancienne ligne de train Vevey-Chamby créée en 1902. Le secteur Blonay-Chamby avait cessé ses activités en 1966, faute d’une fréquentation suffisante. «Le trajet est court, mais c’est un avantage, relève Alain Candellero. Aujourd’hui, les gens accordent rarement une journée complète à une seule activité. Chaque dernier dimanche du mois, nous mettons toutefois des trains à vapeur en circulation entre Vevey et Blonay. Ce qui rallonge le parcours.»

Une collection de 80 véhicules

Au bout d’une demi-heure de voyage, on arrive au musée de Chaulin-Chamby. Celui-ci abrite les ateliers et une collection de quelque 80 véhicules ferroviaires à voie métrique reconnue comme l’une des plus complètes en Europe. Il s’agit d’une concentration de véhicules pionniers qui ont marqué l’histoire du rail. Près des trois quarts fonctionnent. Et tous sont des merveilles à découvrir.

C’est aussi à la gare-musée de Chaulin que l’on ravitaille les locomotives à vapeur comme il y a plusieurs décennies. Un château d’eau permet de remplir les soutes du précieux liquide. Plus loin, on charge le charbon. Bernhard, le chauffeur, effectue aussi une purge de vapeur pour enlever les impuretés qui traînent dans la chaudière. Impressionnant et assourdissant!

130 ans d’une doyenne nationale

Cette année, le Blonay-Chamby célébrera les 130 ans d’une doyenne nationale: construite en 1890 pour le chemin de fer Lausanne-Échallens- Bercher, la LEB 5 est à ce jour la locomotive à vapeur à voie métrique la plus ancienne de Suisse en état de rouler. Restaurée dans son état d’origine, elle a retrouvé une vie active entre Blonay et Chamby en 2015.

En septembre, les «chemins de fer de campagne» de 1900, tel le LEB, s’inviteront en outre au Blonay-Chamby le temps d’un week-end. Histoire de rappeler que le train a grandement contribué au développement des régions campagnardes tant par le transport des personnes que celui des marchandises. C’est grâce à lui que le bétail, le lait, les produits agricoles étaient acheminés sur les marchés. «Reproduire aujourd’hui les scènes ferroviaires d’autrefois fait partie de notre vocation», relève Jérôme Constantin.

Le Blonay-Chamby circule habituellement de mai à octobre. Mais, cette année, en raison de l’épidémie de coronavirus, l’ouverture de la saison a été différée en juin. Les travaux de préparation ont été stoppés net à la mi-mars. Depuis, les 120 bénévoles ont redoublé d’efforts pour accueillir les visiteurs en toute sécurité: «Nous respectons les normes sanitaires en vigueur, explique Jérôme Constantin. Au musée, la visite se fait selon un parcours permettant d’éviter les croisements de personnes.»

Pour les groupes, des trains spéciaux peuvent être mis en circulation en semaine ou hors saison. Les bénévoles, qui effectuent au total près de 600 jours de travail par année, le feront avec plaisir. Commentaire hilare d’Alain Candellero: «Si nous étions salariés, nous aurions depuis longtemps dit à notre patron que cela ne peut plus durer ainsi.»