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ÉditorialLe boubou de sauvetage des multinationales

C’est le boubou contre le vieux sage. On s’est longtemps demandé qui allait bien pouvoir porter le combat «contre» linitiative dite des multinationales responsables face à l’expérimenté Dick Marty et à son réquisitoire rodé d’ancien procureur. D’ailleurs, au niveau de la langue et du cœur, sémantiquement parlant, pourrait-on être «pour des entreprises irresponsable? C’est le charme discret et sans fin des appellations des objets soumis à votation fédérale.

Eh bien! côté opposants, romand et politique en tout cas, c’est Isabelle Chevalley, en robe africaine quand il le faut, qui s’y colle. C’est quadruplement courageux. D’abord, parce que cette initiative dégage toujours une sympathie immense, portée depuis des années par une myriade de petits drapeaux orange qu’on voit partout et de beaux sondages. Ensuite, parce que défendre des grandes sociétés au capitalisme «vorace», ce n’est jamais forcément évident. Surtout par les temps conjoncturellement difficiles qui courent. Enfin, mais là elle se trouve à égalité avec l’ancien sénateur PLR tessinois, elle marche contre son parti national.


R
evenons au boubou. Et à l’argument néocolonialiste qui l’accompagne : dire oui le 29 novembre reviendrait à considérer que les pays dits émergents ne seraient pas capables de s’autogérer. On ne va pas jouer les conseillers en communication de l’ombre de la Vertlib vaudoise, mais, franchement, est-ce véritablement le bon créneau pour achalander le votant. Ne serait-ce que parce que, oui, dans certaines contrées, la transition économique, sociale et démocratique est encore en marche. Parfois, comme pour le principe du pollueur-payeur, il faut encore forcer les choses. Il apparaît logique, dans ce sillage, qu’une entreprise suisse soit jugée en Suisse.

Aux opposants de démontrer qu’il est faux d’enfermer toutes ces multinationales dans le même enclos des moutons noirs»

Ce qui manque à la campagne du non, c’est le charisme populaire d’un grand chef d’entreprise. Qui nous montre et nous démontre, exemples à l’appui, que le présupposé de base une société active dans les matières premières est un prédateur n’est pas toujours fondé. Et qu’au contraire, son activité dans le pays est parfois une vraie source de richesse pour le paysan ou l’ouvrier du coin. Que, si elle venait à quitter ces pays, ce serait un appauvrissement économique et démocratique. Qu’elle y jouerait un rôle important sans n’y faire que du «greenwashing» ou du «socialwashing». Qu’il est faux d’enfermer toutes ces multinationales dans le même enclos des moutons noirs. En gros, que Nestlé ne serait pas forcément Glencore. Et que si les Chinois prenaient la place des Suisses, il le feraient probablement avec moins d’éthique et de contrôle.


À moins donc d’une surprise
, le oui l’emportera. Porté par une vague populaire similaire à celle que l’initiative Minder contre «les rémunérations abusives» avait suscitée en 2013. Avec le même paradoxe au final? Car, dans la réalité, les parachutes dorés, pourtant interdits par ce texte mais mal encadrés par l’ordonnance qui s’est en est suivi, existent encore. Rien n’a pas empêché par exemple les CEO démissionnaires d’ABB, du Crédit Suisse ou de Lonza de partir ces derniers mois avec bien des millions dans les poches.

16 commentaires
    François Bocherens

    Je pensais que l'initiative passerait, j'en suis moins sûr. La deuxième vague est arrivée, et avec elle la "grande peur" pour l'économie qui est déjà dans une phase délicate - et même si ça n'a rien à voir. Le timing tombe à point. On vient bien de voter 18 milliards pour des avions de combat qui seront très utiles pour combattre la crise gravissime qui s'annonce. Dans ce pays, faites peur à la population, elle suit les milieux économiques comme des moutons et se fiche bien de l'éthique puisque les autres font pire... C'est dommage pour la majorité des entreprises de ce pays qui jouent le jeu et n'ont rien à craindre de l'initiative. Comme d'habitude, donnons une prime aux voyous.