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Régions françaises sur liste rouge«Le but n’est pas de rendre la vie difficile à dessein»

Les nouvelles règles de quarantaine au retour de France suscitent des interrogations et des critiques. Interview du conseiller d’État genevois Mauro Poggia.

Le conseiller d’État genevois Mauro Poggia, chef du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (DSES).
Le conseiller d’État genevois Mauro Poggia, chef du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (DSES).
KEYSTONE/Martial Trezzini

À la suite de l’annonce de vendredi, les gens se posent des questions. Il y a notamment des cas d’urgence (l’enterrement d’un proche, les familles avec enfants vivant séparément). Les cantons peuvent-ils énoncer des dérogations?

Pour un enterrement, il y aura certainement une dérogation. Pour des situations familiales, la question est plus délicate, mais chaque cas doit être examiné pour lui-même. Chacun doit comprendre que l’on tente de lutter contre la transmission d’une maladie et que le but n’est pas de rendre la vie difficile à dessein. Cela implique des concessions et des adaptations dans la vie quotidienne.

La loi sur les épidémies, qui punit les récalcitrants, est fédérale. En cas d’approche différente, des gens ne risquent-ils pas d’être punis?

Si une dérogation est accordée par le service du médecin cantonal, compétent dans ce domaine, la personne qui en bénéficie ne saurait être poursuivie en raison de sa bonne foi, même si la pratique varie d’un canton à l’autre. Cela étant la cohérence implique la concertation intercantonale.

«Il faut demander à ceux qui se plaignent de cette prétendue incohérence s’ils préféreraient un confinement strict, qui aurait indéniablement le mérite de la clarté, mais que personne ne souhaite.»

Mauro Poggia, conseiller d’État genevois en charge de la santé

La règle prévue par Berne entraîne des situations absurdes. N’atteint-on pas les limites du système?

Il faut demander à ceux qui se plaignent de cette prétendue incohérence s’ils préféreraient un confinement strict, qui aurait indéniablement le mérite de la clarté, mais que personne ne souhaite. C’est le propre de cette crise sanitaire de nous obliger à rechercher sans cesse la voie étroite entre l’efficace et le supportable.

Que répondez-vous aux gens qui disent ne plus comprendre?

Que cela m’arrive aussi, mais que nous ne devons pas perdre le cap et rechercher sans cesse des solutions de bon sens qui permettent de freiner le mieux possible la propagation du virus.

«Si l’alternative est de baisser les bras et de renoncer à protéger les plus vulnérables d’entre nous, je ne peux y souscrire.»

Mauro Poggia

Y a-t-il un stade où tout cela ne sera plus applicable?

Si l’alternative est de baisser les bras et de renoncer à protéger les plus vulnérables d’entre nous, je ne peux y souscrire, car cela voudrait dire que tous les efforts et sacrifices que nous avons faits jusqu’ici ont été vains. Jamais un État responsable ne pourra s’y résoudre.