Passer au contenu principal

L’invitéeLe canton de Vaud tient-il vraiment à son patrimoine?

Fabienne Freymond Cantone souhaite que le gouvernement vaudois en fasse davantage pour ses richesses archéologiques.

Six villes vaudoises possèdent un patrimoine gallo-romain de toute première importance. Orbe abrite le plus vaste et le plus bel ensemble de mosaïques romaines au nord des Alpes, Avenches fut la capitale des Helvètes et Nyon la plus ancienne fondation romaine en Suisse. Lausanne, Yverdon et Pully regorgent de richesses archéologiques. De nombreuses autres communes détiennent des témoignages d’un passé plus lointain encore, ou plus proche, à l’image de Grandson, La Sarraz, Romainmôtier ou Payerne, avec des sites remarquables. Quelle chance nous avons!

Ces témoins de l’histoire, ces marqueurs de nos villes et de nos paysages font l’identité et l’âme de notre région. Ils sont d’une importance essentielle. Il faut les conserver et les valoriser. Pourtant le Canton ne fait rien ou tellement peu. La situation a déjà été régulièrement dénoncée par les spécialistes du patrimoine vaudois. Pis: une nouvelle loi va contribuer à enterrer corps et biens toute velléité de préservation.

«Le Canton se défausse allégrement de ses responsabilités essentielles par rapport à la protection du patrimoine!»

À rebours du bon sens, les patrimoines naturels et culturels y sont fractionnés. Alors que l’on veut décloisonner sciences et société, cette loi sépare ce qui est intimement lié, et donne sa beauté à notre pays.

Qui plus est, nous assistons à un report de charges financières du Canton sur les Communes, Canton qui se défausse ainsi allégrement de ses responsabilités essentielles par rapport à la protection du patrimoine! Par exemple, les coûts induits des fouilles archéologiques lorsque le propriétaire est communal vont revenir aux villes et villages, alors que ce patrimoine appartient à l’État.

Certes, un fonds de 10 millions de francs est créé pour de futures subventions pour la conservation et la restauration du patrimoine immobilier. Mais c’est extrêmement insuffisant par rapport aux besoins. Quant aux propriétaires privés, ils se verraient offrir une prise en charge partielle des coûts de fouilles archéologiques par l’État, mais le financement est tellement flou qu’ils risquent de ne pas annoncer leurs trouvailles.

Manque de vision

En ce qui concerne les autres éléments du patrimoine immobilier classé, on n’est guère plus rassuré. Concrètement, il manque une vision du Conseil d’État sur les soutiens qu’il octroiera pour la rénovation et la conservation de toutes nos richesses patrimoniales. En ce qui concerne nos trésors gallo-romains, seule Avenches est dans les projets du Conseil d’État.

Bien sûr, tout ne peut être rénové en même temps, et il faut des moyens importants. Mais avec une pression majeure sur le territoire vaudois due à l’urbanisation, un État fort doit proposer une loi sur le patrimoine claire, des critères de soutien transparents, respectueux «du qui commande paie», et une véritable planification de son action. Notre canton, et les témoins de sa riche histoire, le méritent bien; le Grand Conseil doit corriger les ratés du projet de loi du Conseil d’État sur le patrimoine.