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AboReportage aux confins de la ville
Le car wash de Plan-les-Ouates se transforme la nuit en club techno

Samedi 6 mai, dans le car wash de Plan-les-Ouates transformé en club techno
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«Pour L’Industrie, on descend où? C’est un night-club.» Évidemment, le chauffeur du bus 22 n’en savait rien. En plus, il était tard, bientôt une heure du matin. Partir de nuit en virée dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates ressemble à l’exploration d’un no man’s land. Sans certitude de retour. 

L’invitation a été faite par le festival Electron, 20e édition. Une soirée techno est organisée à L’Industrie. Coup d’œil sur la carte. Il faut aller jusqu’au 14 chemin du Pré-Fleuri. Aux confins de la ville.

Graffitis fluorescents

Le jour, c’est un car wash. Une rampe mène vers le sous-sol. L’enseigne de l’entreprise barre l’entrée: Swisswash. «Le plus grand centre de lavage en Suisse romande» promet une expérience unique, 1200 mètres carrés rien que pour les autos. Et les noctambules.

La nuit venue, l’espace se transforme. Des videurs accueillent le visiteur. L’entrée a été décorée de graffitis fluorescents. Un distributeur de clopes, une pompe à essence, des Vespa encastrées dans un mur – comme siège, ça paraît confortable. Le propriétaire a soigné la déco. Il y a foule sur la piste de danse, foule au bar.

Au 14, chemin du Pré-Fleuri à Plan-les-Ouates, l’entrée du Swisswash, alias L’Industrie la nuit venue.

Étoile montante de la techno française, Airod officie au poste de DJ. Affiche de choix. The Chronics a lancé les hostilités, lui le fondateur de ce label genevois devenu incontournable, Bipolar Disorder. Pelin Vedis assure le «closing», le dernier acte. Elle, la patronne des Tempt Events zurichois, soirées prisées des amateurs de rythmiques frénétiques.

«On est aujourd’hui dans les moments forts du renouveau techno.»

Airod, DJ français, producteur techno

Techno: depuis son émergence au mitan des années 1980, dans les clubs gays afro-américains de Détroit, le style aura vécu… combien de vague à ce jour? «La troisième, après les années 1990 et 2000.» Commentaire renseigné d’Airod, 28 ans. Bien trop jeune pour avoir connu les pionniers. Mais parfaitement en phase avec l’intérêt grandissant d’un public juvénile attiré par ces gourmandises électroniques. 

«La techno intéresse de plus en plus d’auditeurs, de plus en plus jeunes aussi, avec des artistes qui gagnent en visibilité et portent le mouvement. En Europe, je constate cette évolution depuis cinq ans. On est aujourd’hui dans les moments forts du renouveau.»

Airod, DJ et producteur français de techno, à la manœuvre samedi 6 mai à L’Industrie,

On apprend également de cette nouvelle vague qu’elle est «dark», sombre. «La techno vient de l’underground, c’est l’énergie de la révolte et ça n’a rien de joyeux. Ce sont les lieux aussi, souvent bruts, qui parlent à l’inconscient. Un cadre industriel donne envie de jouer une musique plutôt sombre.»

À Saint-Pétersbourg, Airod a joué dans un bunker à dix mètres sous terre, au milieu d’un champ.  «Une expérience incroyable, des gens bienveillants!» La musique est dure. Le cœur, pourtant, cherche la légèreté. Voir à ce propos les reportages sur les débuts de la techno. Airod les a regardés: «Du passé, je perçois de l’insouciance, de l’innocence, de la liberté, nécessaires quand on veut se lâcher en soirée. Tout ce que ma génération souhaite reproduire.»

C’est l’esprit de la «rave», des événements sauvages à l’origine, repris désormais par pléthore de festivals. À Genève, on connaît Secret Society, organisateur du Unum Festival en juin sur les plages de Shengjin, en Albanie. Electron et Unum collaborent. Les fondateurs appartiennent à une même génération. Celle de Yannick également, le propriétaire du car wash. Il a 44 ans, a fréquenté les soirées du Goulet, à Chêne-Bourg dans les années 1990. Cet héritage est visible à L’Industrie: la fresque fluorescente, à l’entrée, a été réalisée par Timer, artiste quinquagénaire issu du Goulet. 

«Le car wash assure la sécurité économique. Les soirées constituent un plus.»

Yannick, propriétaire de Swisswash, alias L’Industrie, selon les heures.

L’idée d’un lieu polyvalent lui est venue en visitant Amsterdam. «Les locaux ferment à 18 h, on baisse les lumières, un DJ enchaîne avec l’afterwork.» Pour Yannick, l’alliance semble idéale: «Le car wash assure la sécurité économique; les soirées constituent un plus.» Il faut une heure pour transformer la station de lavage en club. Tout le mobilier est sur roulettes, la sonorisation, le bar comme le comptoir du vestiaire.

Et Swisswash devient L’Industrie. Depuis une année environ. Si l’info a circulé, alors elle restait confidentielle. Récemment, Yannick a reçu l’autorisation d’organiser des événements toute l’année. «On ferme avant l’été, on reprend en septembre». Le 12 mai, ce sera techno. Le 13 plutôt house, avec Electron, puis dubstep le 17 et salsa le 20. Clôture électronique le 27 mai.

Coup d’œil sur la console du DJ, samedi 6 mai à L’Industrie.

Phénomène propre au festival, ce soir-là le public brasse les générations. On entend: «Ce n’est pas assez hard.» Clairement, il y a des musiques plus violentes. Et puis, nous n’étions pas en présence des seuls puristes cette nuit-là. Les purs et durs, où vont-ils? Constat éclairé de Jérôme Soudan, programmateur d’Electron: «À Genève, les soirées technos se déroulent principalement au Zoo, à l’Usine.»

«T’es sobre?» Une clubbeuse en tenue noire nous aborde. Ambiance conviviale, propice à la causerie lorsqu’on s’éloigne du martelage savamment orchestré par Airod et ses pairs. Notre interlocutrice est venue en février, pour une soirée à thème organisée par Odys, organisateur dont on ne sait rien de plus, pour le moment. Elle dit: «Ça prend de l’ampleur.» On la croit. La nouvelle vague techno a déjà embarqué Genève.

Electron à L’Industrie, samedi 13 mai, dès 23 h, Infos: electronfestival.ch

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