Passer au contenu principal

CoronavirusLe casse-tête des saisonniers

Les saisonniers et leurs supérieurs se sont retrouvés dans une situation complexe cet été. Difficile d’estimer le nombre de personnes nécessaires pour faire tourner les enseignes dans le contexte actuel.

Nicolas Gonclaves s’occupe du service à la buvette d’Aï. Il est l’un des seize saisonniers ayant gardé leur emplois cette année dans les restaurants d’alpage de Leysin. Deux de ses collègues n’ont pas vu leur contrat renouvelé en raison du Covid-19.
Nicolas Gonclaves s’occupe du service à la buvette d’Aï. Il est l’un des seize saisonniers ayant gardé leur emplois cette année dans les restaurants d’alpage de Leysin. Deux de ses collègues n’ont pas vu leur contrat renouvelé en raison du Covid-19.
Chantal Dervey

«J’ai su que j’allais pouvoir travailler un peu à la dernière minute, raconte Nicolas Goncalves, qui s’occupe de la buvette d’alpage du village d’Aï. Heureusement, j’ai l’habitude d’être prévoyant et j’ai mis de l’argent de côté. Pour certains, c’était plus difficile, surtout avec la fin brutale de la saison en mars.» Les restaurants d’altitude de Leysin ont effectivement dû diminuer le nombre de leurs employés et n’en ont engagé que seize cette année contre 18 en temps normal. Prendre le risque de se retrouver dans le rouge ou jouer la carte de la sécurité? Un choix difficile face auquel se sont retrouvés beaucoup de spécialistes du tourisme. «Je ne suis pas sûr de pouvoir retrouver cet hiver les saisonniers qu’on n’a pas pu engager cet été», s’inquiète René Gruaz, responsable du restaurant d’alpage L’Étable, à Gryon, «On a perdu environ 10% du personnel, mais on ne voulait pas leur faire de fausses promesses. Pour le coup, quand on a de gros services, c’est nous qui mettons la main à la pâte.»

Du côté de la Riviera, Nathalie Mika-Huys, directrice de l’Hôtel du Léman, a pris la même décision. Cependant les événements ont pris une tournure inattendue: «Durant le confinement, nous avons renoncé à engager les saisonniers, car nous nous attendions à une forte diminution de l’activité. Le premier mois était calme, et puis très rapidement les affaires ont repris et nous manquons aujourd’hui de personnel.» Ce cas fait cependant figure d’exception: sur la Riviera comme à Lausanne, les estimations tournent autour de 50% de chambres réservées, alors qu’on atteint généralement 90% à cette période.

«On ne peut pas assurer à nos extras le même nombre d’heures que les années précédentes»

Karin Fahner

D’autres ont pris le risque de maintenir les contrats de tous les extras. «On a décidé de se lancer, mais on ne peut pas leur assurer le même nombre d’heures que les années précédentes», explique Karin Fahner, qui tient, avec son mari, Christoph, l’Auberge du Col de Soud, à Villars. Une aubaine pour Marie Merlo, qui travaille dans la station pour le troisième été consécutif. «Ce travail saisonnier m’a permis de financer mes études. Sans cette possibilité, ça aurait été un peu plus compliqué, mais ma priorité restait tout de même ma santé.» Le couple, qui a repris la gestion de l’auberge en 2013, ne regrette pas son choix malgré des charges salariales un peu trop élevées à la fin du mois de juin.

Aujourd’hui, la plupart des spécialistes du tourisme ont trouvé leur rythme estival. Cependant ce casse-tête est loin d’être derrière eux, car les mêmes questions se posent déjà pour la saison hivernale.